J'écoute : Madonna "Devil wouldn't recognize you" Je mange : light Je bois : du whisky-coca as usual.... Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton Je pense : a la personne que je devrais etre Je rêve : a la personne que je devrais devenir (mis à jour dimanche 20 avril 2008 à 19:16)
Je realisais peniblement que dans un mois, j habiterais dans un autre pays. Ca semblait encore tellement virtuel, je ne savais pas ma date exacte de depart, mon lieu definitif de residence , bref toute une foule de details qui me donnaient des sueurs froides la nuit. Je me demandais si je prenais la bonne decision et si j'aurais le courage de le faire.
J'avais peur de me retrouver seul face a cette nouvelle vie et d etre livré a moi meme cent pour cent du temps. Plus d'amis relais, de point de reconnaissance dans les quartiers ,de familiarité avec les barmen ni avec les vendeuses de la rue Cambon.
Et c'etait sans doute ca la bonne nouvelle. Celle de devoir se recreer, de donner de nouveau et d'apprendre sans cesse. J'avais dix huit ans de nouveau quelque part. Avec cette meme boule au ventre que j'avais quand j'avais emmenagé il y a plus de dix ans dans mon si joli petit appartement qui a l'epoque n'etait meublé que d'un immonde clic-clac , d'un frigo et d'un reveil. Je me retrouvais la dans cet appartement silencieux , cherchant dans les moulures defraichies des indices sur ma vie future.
Eh bien je devais recommencer ce chemin , et je me disais qu'avec l'experience de ces dix ans , avec ces blessures , ses crises de fou rire , ces moments de desespoir et ceux de joie ultime , je serais plus a meme de vivre mieux , si ce n'est de vivre tout court.
Si cela se trouve , ces dix ans et des poussieres n auront ete la que pour m enseigner des lecons de vie et de me donner l'opportunité de vraiment m epanouir ailleurs.
Ils disent que vingt ans est le plus bel age... Je leur reponds :Bullshit...
La vraie vie doit commencer a trente ans , enfin dumoins pour moi.
Dans son strict tailleur Saint Laurent caviar ceinturé de rouge, elle restait d'un calme olympien a la limite du paranormal. Elle m ecoutait lui annoncer la nouvelle de mon prochain depart pour Londres, de ce nouveau travail , des mes aspirations, de mon ambition. Mummy Dearest ne disait rien , ne froncais pas ses fins sourcils, ne crispait pas sa machoire.
Je m attendais a un clash douloureux et je me suis retrouvé face une femme qui comprenait que son enfant venait de prendre une decision d adulte. Je coupais le cordon et pas une goutte de sang a l'horizon.
Quand elle parla, ce fut pour me dire qu'elle me trouvait courageux de tenter une aventure ailleurs , de vouloir bouger , de vouloir donner un sens a ma vie.
Elle etait presque sereine de me voir enfin prendre le controle de la situation , elle attendait sans doute ce jour où enfin je ne prendrais pas une decision sous l'emprise de la colere ou de la rebellion mais apres une reflexion mure et longue.
Je me retrouvais le souffle coupé devant cette reaction , alors que j avais anticipé a l avance les melodrames et les crises potentielles. J'etais soutenu, j'etais compris.
J'etais aimé.
De retour de Londres , je ne sais plus trop où j'en suis ni ce que je dois faire. J ai obtenu le job que je voulais mais je me retrouve face a mes doutes comme d'habitude. Partir? Revenir? Comme une chanson d'Ollano.
Mais je me connais plus que les gens ne le croient. Je sais que je vais saisir ma chance et aller la bas, ne serait ce que pour trois mois.
A peine revenu a Paris, j'avais les larmes aux yeux et la boule au ventre, comme tout les matins du monde. A la terrasse du café en bas de chez moi avec mon redacteur en chef , j'avais envie de chialer comme un gamin de huit ans et de donner des coups de pieds dans la table.
J'avais peur de la reaction de Mummy Dearest, sachant parfaitement qu'elle allait flipper et tenter de me culpabiliser une fois de plus sur les mauvais choix que je ferais forcement , choisissant de m'eloigner du giron familial.
Mon coeur est tellement serré que j'arrive a peine a coucher mes mots. Maybe tomorrow...
Dans une vingtaine de minute, le chauffeur viendra me recuperer afin de me faire voyager dans ce pays où m attends peut etre un futur , que je dessine, que j espere, qui m'effraie , qui me passionne.
J ai pris trop de bagages pour quatre jours comme a ma grande habitude et je me dis que j ai oublié l essentiel.
Je prends une rasade de whisky pour faire cesser les tremblements de mes mains et deux cachet au cas où. Je repasse dans ma tete de facon aleatoire les elements qui me feraient quitter la France et malgré deux ou trois choses, je ne vois rien d essentiel. Je dois me prouver que je ne suis plus un enfant et que je peux voler de mes propres ailes dans un pays etranger avec ce nouveau boulot qui m'excite a l'avance.
Je pense a N. et a mon ami du bout du monde. J'aurais voulu qu'ils me serrent dans leur bras.
Dans le salon de J. , la table basse etait couverte de bouteilles d'alcool , de magazines de mode souillés de sauce chinoise, de verres a pied en cristal a demi vide, des restes de junk food cotoyant des cendriers qui debordaient, des billets usagés et des pailles coupées etaient abandonnés sur des cartes de credit ; le fracas habituel. Ce soir la , je n avais aucune envie de socialiser ou de retomber sur un de mes exs et je gobais des cachets pour accentuer l'ivresse
Nageant entre deux montées , je parlais avec mon ami du bout du monde via webcam. Les lignes s'enchainaient sur un vieux Vogue Italy et je descendais les verres sans meme m'en rendre compte ou plutot sans meme m'en soucier. Un mince filet d'air passait par les fenetres entrouvertes et l'agitation de la rue voisine arrivait a peine a couvrir le tumulte des rythmes electro craché par les vieilles enceintes. Sur l'ecran plasma , un mauvais film porno gay tournait sans qu on n'y prete vraiment attention et mes deux amies lesbiennes faisaient des essayages avec la quantité improbable de vetements couture que j'avais rapatrié.
M. deambulais dans le salon en cuissarde Jil Sander et mini boxer tandis que A. en robe bustier Lagerfeld redessinait deux fines trace sur le verre fumé de la table basse. Moi je ne portais qu'un mini boxer noir et mes diamants , et je dansais devant la camera pour amuser mon ami du bout du monde.
Il riait de bon coeur devant nos pitreries de pré-ados et ca me rechauffait l'ame de voir enfin un sourire qui n'etait pas forcé. Il avait explosé de rire quand les filles se mirent a me chauffer devant la camera comme dans un soft du dimanche soir. J'avais enfilé un grand manteau Chanel de tweed violine et je dansais avec mes amies au bord de l'overdose.
A l'aube, les filles se sont effondrées dans les bras l'une de l'autre, a bout de defonce et fatiguées d'avoir tant ri. Je les regardais avec tendresse, le string mal ajusté et les hauts talons encore aux pieds, dormir comme deux petites filles sage.
Moi j'etais a la fenetre et je regardais les junkies d'en bas se battre pour un peu de crack, s'insultant en polonais et se crachant dessus en signe de mepris, trop en live pour meme tenter de un corps a corps. Moi je fumais lentement, accoudé a la balustrade, sirotant ma derniere gorgée d'alcool avant de tenter de sombrer quelques heures, et je me disais qu apres tout la vie n'etait pas si mal...
Pour la premiere fois depuis longtemps ma carte Gold ne passait pas, j'avais encore du trop claquer en tournées diverses et autres conneries de shopping. Je me sentais impuissant face a ce genre de situations, presque imbecile , comme un enfant surpris en train de voler des bonbons dans un magasin.
Heureusement je pouvais compter sur mes "amis" pour me fournir les substances dont j'avais besoin pour tenir le coup. G. me harcelait de messages pour revenir dans ma vie alors que je l avais vu avec son nouveau mec quelques jours auparavent dans le bar dans lequel on s etait rencontré.
J attendais toujours des news de mon futur travail a l etranger, mais rien ne semblait vouloir venir, je restais la comme un con , a tourner en rond , a ecouter la meme chanson idiote en boucle et utiliser les memes stratagemes pour masquer ma melancolie.
Les yeux boursouflés de fatigue, la gorge enflée et la plus grande peine du monde a deglutir , mon corps se vengeait de ces dernieres semaines d'exces. J'essayais de me lever mais cela me semblait une epreuve insurmontable. Le portable sonnait depuis un bon moment et je distinguais tant bien que mal le nom de mon bookeur sur l'ecran multicolore de mon telephone. Il laisserait un message angoissé comme d'habitude , s'inquietant non pas de mon bien etre mais plutot de la large commission qu'il touchait sur mes differents jobs.
Une fois dans le salon , une cigarette aux levres , je repensais a cette proposition qu'on m'avait fait hier apres midi. Au detour d'un coca light eventé, dans ce café du centre de Paris, frequenté essentiellement par des bobos en quete de reconnaissance, on m'avait fait la proposition que je n'osais plus attendre, celle qui me ferait sans doute sortir de ce schema destructeur dans lequel je m etais enfermé.
Un poste a hautes responsabilités, un joli bureau , du personnel sous mes ordres et surtout des possibilités d'evolution de carriere au dela de mes esperances. Et le tout a commencer le plus tot possible.
Seule ombre a ce tableau idyllique: je devais changer de pays. Et malheureusement , il ne s'agissait pas des Usa.
Cela ne me deplaisait pas, loin de la. Je ne supportais plus le train-train dans lequel je m'etais enfermé a Paris et je ne revais que de m'enfuir , sans un mot a personne.
J'avais juste peur d'affronter ma famille et de partir loin d'eux ; j'avais l'impression de les abandonner, voir de les tuer prematurement.
Mais au fond de moi, je savais deja que si le grand patron de cette firme me confirmait le poste je ferais mes valises au plus vite. Je ne supportais plus de stagner ici, avec les memes gens, les memes bars, les memes comportements destructeurs histoire d'occuper ma vie.
La bas, je ne recommencerais pas tout a zero , ma tete etait trop lourdes de ces nuits de larmes et de ces journées de descente. Simplement je tacherais de ne pas recommettre les memes erreurs encore et encore.
Je n'en n avais parlé qu'a J. qui avait simplement peur que je sois decu si le depart ne se faisait pas. Je lui repondit qu'avec les centaines de deceptions que j avais encaissé depuis le temps je n'etais plus a ca pres.
Moi qui etait si materialiste, je n'emporterais quasiment rien avec moi. Mes vetements bien evidement ,mais je ne voulais rien qui puisse me rattacher a mes souvenirs, enfin rien de tangible. Comme ces photos de D., le tshirt usé de mon grand amour, la bague de M., les objets de famille qui ont traversé deux siecles pour prendre la poussiere sur la cheminée du marbre du salon. Toutes ces garderont leur place dans l'appartement qui s'endormira gentillement en attendant mon retour.
J'avais peur mais j etais excité en meme temps. Me disant que j etais a la croisée des chemins et que peut etre enfin je trouverais le mien.
Enfin de retour dans mon si joli-petit-appartement, je me demandais ce qu'il me restait de ces cinq derniers jours.
Des souvenirs flous, des billets froissés, des tickets de carte gold par dizaine et encore plus de megots, des blackouts a en effrayer Amy Winehouse, des fou-rires qui resonnaient au fond de ma memoire, des baisers par dizaines a des filles , a des garcons.
Et aussi des promesses, des serments facon enfant de huit ans, de la defonce Place des Vosges, des series sans interet a cinq heures du matin, des messages sur le repondeur.
Un paquet de linge sale, des croutes sur les narines, la gorge seche et des litres de coca light. Un foulard sur les yeux pour ne pas voir la lumiere du jour a travers les fenetres du salon de l'appartement de J. , de la junk food sans discontinuer, des paquets de cigarettes eventrés et des bouteilles vides.
Et ce sentiment de vide si grand, si pesant. As usual.
Je ne voulais pas lever les yeux, ne pas croiser leurs regards accusateurs. Mon uniforme sombre relevé a peine de grenat , j'essayais d'apaiser les voix dans ma tete avec un remix de Rufus Wainwright monté au maximum. J'avancais vite pour ne pas me meler aux gens. Ne pas les toucher, ne pas les voir.
En descendant la rue Cambon , je faisais mine de ne pas preter attention aux moqueries des cuisiniers du Ritz qui se poussaient du coude en voyant mon allure, j'enfoncais un peu plus les ecouteurs , a en avoir des saignements.
Finalement dans la boutique Chanel , je repris mon souffle et ma contenance, sachant que je m'offrais l'approbation de ces gens ; je savais leurs sourires factices, leur flatterie ecoeurante,leur courtoisie robotisée. Une vendeuse japonaise me reconnu et m'installa dans un grand fauteuil tapissé de tweed prune, delaissant au passage une cliente boudinée dans tailleur coordonné au mobilier. Elle m'apporta un coca light et me fit l'article, deposant devant moi les dernieres nouveautés a quatre chiffres, me complimentant sur ma nouvelle coupe de cheveux et sur ma veste de smoking. Je lui rendait ses sourires aussi contrefaits et entretenais une conversation legere. Les voix s'estompaient dans ma tete et je badinait pendant une dizaine de minute, esperant faire filer le temps.
Puis le telephone reprit ses vibrations et me ramena a la realité. Mon geniteur souhaitait me voir demain et la nausée me revint comme un boomerang en plein visage. J'ecourtais la conversation et fit signe a la vendeuse que j'avais choisi. Un sac en cuir matelassé et une chaine en or a breloques, ca serait parfait pour l anniversaire de ma mere. Elle sourit de plus belle pensant a sa commission sur les deux mille et quelques euros que j allais lacher d'une trait de plume. Elle partit avec les articles et je restais la devant le plasma geant qui projetait le dernier defilé. Le meme remix que j ecoutais dans mon Ipod se retrouvait craché par les enceintes de la boutique et cela me faisait legerement sourire.
Quelques minutes plus tard, elle revint avec un enorme sac de papier glacé parfumé au numero 22, et me glissa qu'elle m'avait commandé un taxi, comme selon mon habitude. Cette femme sembait se rappeller plus de moi que certaines personnes qui me cotoyaient au quotidien. A ce moment la , j'avais envie de la prendre dans mes bras et de lui faire un hug a l americaine. Elle m'adressa un geste de la tete a la japonaise et me raccompagna vers la porte d'entrée, devant laquelle la Mercedes beige patientait gentillement.
Je donnais l'adresse au chauffeur et remis les ecouteurs dans mes oreilles. Tout pour ne pas penser, pour ne pas laisser ces voix m'atteindre et me descendre. Quelque soit le prix.
Il etait a peine sept heures du matin et la vie se reveillait peniblement dans le centre de Paris. Je quittais promptement l'appart de J. dans lequel j'avais sombré quelques heures auparavant. Ma peau etait encore plus translucide qu'a l'accoutumée et je semblais hors de propos au millieu des rares passants. Je remontais peniblement le col de ma veste etriquée pour cacher la nudité de mon cou. J'etais "Constant craving" de KD Lang en remontant la rue St Denis , tentant d'eviter les regards, les yeux rivés sur les pavés arrosés.
Ma demarche etait hesitante , mon corps encore rempli d'alcool et de drogues, et je descendait la rue comme je pouvais avec mon equilibre precaire , le Chanel surchargé d'un coté et une housse remplie de vetements de designer dans l'autre.
Ma silhouette noire se detachait nettement des immeubles grisatres et des rideaux de fer grossierement tagués. J'allumais de nouveau une cigarette juste pour le geste et pour la premiere bouffée. Le reste etait du decorum, de quoi me donner de la contenance. Le vent soufflait et je revais de rentrer.
Une voiture de police ralentit a coté de moi et je fis semblant de ne pas les voir , concentrer pour ne pas faire un malaise ethylique des le petit matin. Ils me regarderent brievement , me jugeant sans doute de drogué sans histoire et reprirent leur ronde tranquillement.
Je pensais a N. et ses sales nuits dans ce sordide club de striptease New-Yorkais, a mon ami du bout du monde dans sa nouvelle maison de San Francisco, a G. et son appartement de Moscou. Et pendant ce temps la je regardais mon reflet dans les vitres de la rame de metro. Un peu terne , un peu fade. Sans relief, sans energie.
Meme pas triste, meme pas mal. Juste un lendemain de defonce comme les autres, avec les remontées et les descentes vertigineuses. M. m'avait demandé la veille ce qu on ferait sans ca, comment on occuperait nos journées et nos soirées. On devrait affronter nos doutes et notre ennui face a ce monde sans grand interet , les rires ne seraient plus aussi souvent la, les absences plus douloureuses , la solitude plus violente.
Et on n'avait pas le courage de tout ca. En tout cas, je ne l avais pas. Alors je gommais chaque jour a coup d'artifices et de gelules multicolores.
Mais je ne m en plaignait pas en fait. Je constatais simplement , sans humeurs ni ressenti. Spectateur passif.
Un paquet en moins de cinq heures, j ameliorais mon record. Je me disais qu'a ce rythme la, j avais encore une dizaine d année avant de tirer ma reverence. A meme pas trente ans, j etais deja un sorte de poupée molle maintenue artificiellement par des artifices, des ficelles de plomb, des couvertures de maquillage, des ceintures qui meutrissaient mes hanches, des vetements qui entravaient ma respiration.
Mon espoir d avoir une relation serieuse fondait a la vitesse des sillons qui se creusaient sur mon visage et des fils d'argent qui prenaient de la place dans ma chevelure foncée. A trente ans on rentre dans la categorie mature dans la communauté, alors a quarante ans je ne vaudrais meme pas une vodka-champagne.
Je repense toujours a cette numerologue que j avais vu quand j avais a peine dix huit ans et qui m avait dit que ma vie personnelle serait jalonnée de solitude, de trahisons et d abandons. Je lui avais ri au nez , encore persuadé que je serais quelqu un d epanoui contrairement a mes parents. J'etais mince comme un fil , le visage lisse et sans une imperfection , le coeur gros d amour a donner et une envie incroyable de rendre les autres heureux.
Plus de dix ans ont passé et je n'arrive qu'a panser les blessures qu on m'inflige quotidiennement. Que je ne suis pas essentiel en fait et que je suis sans doute passé a coté de la vie que je voulais en restant cloué au sol par la peur et les angoisses.
Le constat n'etait meme pas amer ou empli d'aigreur, juste un peu attristé de me rendre compte que j avais fait trop de mauvais choix pour esperer autre chose.
Ou je devais esperer que la roue tournerait enfin dans mon sens.
G. avait deserté l'appartement depuis l'aube comme a son habitude et je zonais en jogging Bikkembergs , une cigarette clouée au bec. Le corps remplis de courbatures , j hesitais entre tenter de manger quelque chose ou gober deux cachets. Brian Molko repetait a l'infini "pure morning" dans les enceintes de l'ordinateur et je cherchais un moyen de ne pas pleurer.
Il m'avait appris dans la journée qu il retournait en Russie pour un travail qui le passionnait et je ne lui en voulais meme pas pour ca. Je m en voulais juste d'y avoir cru une fois de plus, malgré mon air detaché et mes aspirations a ne pas m accrocher. Mais il me disait ce que je voulais entendre inconsciement et je me suis laissé prendre au piege. Meme si ma voix interieure me repetait de ne pas y croire et de ne rien attendre.
J'avais le coeur un peu a l etroit dans mon blouson de veau velours zippé. La tete collée contre la vitre du taxi , je tachais de me detendre. La machoire crispée a l extreme, la gorge nouée, et les mains jouant machinalement avec la fermeture chromée de mon sac.
Je detestais ce sentiment qui me rongeait de l interieur. La sono deversait un immonde flot de trompette jazzy que j execrais plus que tout. Je fulminais , me detestant encore plus qu a l accoutumée quand je me retrouvais comme ca. J etais envieux.
Envieux de J. qui partait a l etranger sans moi , ou plutot a ma place. Je m en voulais de reagir comme ca, il se donnait les moyens de reussir sa carriere alors que je semblait m employer a la saborder sans vergogne.
J'etais plutot furieux contre mon comportement auto-destructeur qu envieux de J. Apres avoir longuement avoir discuté avec S., qui essayait de me prouver par a+b qu'il fallait laisser de coté le passé et avancer sans jeter un coup d'oeil dans le retroviseur. J'aurais aimé partager cette philosphie de la vie mais j etais encore enchainé a mes heures douloureuses , sentant encore les cicatrices me tirailler les chairs.
Deux cachets pour faire passer l amertume, une enieme cigarette, un peu de penombre et encore "partir, revenir" d'Ollano pour apaiser mes peurs. Je devrais souffler.
Demain.
L'ecran digital affichait 5:30 en orangé lorsque j ai ouvert peniblement les paupieres. Les muscles endoloris de courbatures, j avais du mal a bouger dans le grand lit aux draps creme. La lumiere du salon brisait le penombre de la chambre et je tentais de detailler la silhouette qui se detachait devant la fenetre de la chambre.
C'etait G.
Il s'approcha de moi et s'assit a coté de ma nudité a peine voilée par les draps froissés. Il etait d'une beauté a couper le souffle dans son costume noir. Il avait discipliné ses cheveux bloncs en une sage coiffure de golden boy et sa chemise noire laissait echapper une legere effluve de parfum boisé. Il me souriait tendrement en passant la main sur mon visage. Sa peau sentait l eau fraiche et le lotus. Il restait la a me regarder me debattre avec mon corps en bataille et mes yeux lourds. Il s'approcha de mon oreille et me dit des mots doux que je croyais imaginer.
Que ces deux jours avec moi avaient ete merveilleux et qu il ne voulait pas partir sans moi.
J'esquissais un sourire quand il m embrassa dans le cou en passant la main sur mon torse. Il n arrivait pas a se detacher de moi malgré l imperatif du train a ne pas rater. Je le repoussais d'une pression douce sur son large torse et il comprit qu il devait me quitter. Je n'en avais pas envie , j'aurais voulu tirer sur sa cravate de soie noire pour l attirer de nouveau dans mes bras et recommencer a faire l amour.
Il m'embrassa de nouveau puis posa ses doigts sur mes levres. Last kiss Goodbye .Je lui dit au revoir et refermis mes paupieres.
Mon ouie restait pourtant en alerte ; je l entendais traverser le salon pour se diriger vers la porte d entree. Le bruit de la porte blindée me fit lacher un soupir de depit mais quand j entendis ses pas se rediriger vers ma chambre, mon coeur cognait de plus belle. Je le sentis se figer dans sa position premiere , desirant sans doute graver l image dans sa memoire une derniere fois. Il resta la, en silence pendant plusieurs minutes que je savourais avec delice , sentant son regard faire des allers retours sur mes courbes.
Puis il repartit d'un pas franc et claqua la lourde porte de metal, me laissant seul avec son odeur et mes souvenirs.
Le coeur en berne et les paupieres lourdes de larmes, je m etais quand meme rendu a cette soiréeoù j allais encore une fois donner une representation de celui qui les gens attendaient pour egayer leur nuit. Un detour par l'immense appartement de J. pour regonfler mes batteries etait plus que necessaire. Il me permit meme de pleurer contre son epaule quelques instants, que j ai savouré comme une liberation.
Puis le spectacle devait reprendre. Un peu de poppers pour me detendre , deux cachets pour le gout et trois verres vites englouttis. La musique etait trop forte et trop conne mais ca nous aidait a nous mettre dans l ambiance. M., notre jolie amie lesbienne avait laissé un immonde blouson en cuir doré trainer sur l'immense canapé blanc et je l'avais enfilé pour amuser l assistance. Sous l'hilarité generale, je suis sorti comme ca, un peu de doré pour me rechauffer.
Dans ce bar de lesbiennes où l'on avait etabli notre QG depuis un petit moment, on detonnait avec la clientele habituelle. Des pédés surlookés , des filles feminines, des trans en transition, de la couleur , des paillettes, du bruit , du fric. Je naviguais entre les membres de notre gang avec les bouteilles trop cheres. On etait genants mais on etait regardés. J. flambait sa nouvelle carte gold et M. dansait en micro short et stilletos comme une stripteaseuse au milieu des lesbiennes a cheveux courts et vetements ternes.
Un couple fit son entrée au milieu de notre nuit debridée et je me suis retourné vers eux sans savoir pourquoi. Elle etait une lesbienne androgyne typique, le look calqué sur celui de Shane dans The L Word, rien de bien nouveau dans cet endroit. Mais lui c'etait autre chose. Je suis resté bloqué a le regarder, sans dire un mot.
Il etait d'une beauté rare, les traits definitivement slave, pommettes hautes et peau diaphane. Il avait un immense regard translucide logé dans ses yeux en amande. Ses cheveux blonds foncés etaient coupés de facon aleatoire et sa tenue n'avait rien d etudiée. Il semblait perdu dans cette furie d'alcool et de musique. Il m'adressa un timide sourire et destabilisé , je lui tournis immediatement le dos.
M. , malgré son taux d'alcoolemie elevé , se rendant compte de mon emoi face a ce garcon , se decida d'etre culottée et de les aborder. J'en etais rouge de confusion, m attendant encore une fois a etre rejeté ou ignoré. Lorsqu'ils nous rejoignirent a la table , j avais du mal a cacher ma gene devant la beauté insolente de ce garcon. Il etait encore plus beau assis a mes cotés , son accent russe ajoutait un peu de piment a son charisme. Je leur servais des verres tant bien que mal pour dissimuler mon emoi et M. faisait office de Monsieur Loyal. Il etait d'un charme dingue et je ne pouvais detacher mes yeux des siens quand il me parlait.
M. se saisit de mon appareil photo et decida de nous mitrailler tous. Elle insista pour avoir une photo de G., mon beau russe, et moi. Puis elle le defia de m'embrasser. J'etais plus que mal a l aise pensant qu il allait refuser poliement. Il coupa court aux suppliques de ma lesbienne et m embrassa avec passion. La tete me tournait , je ne savais pas si c'etait l'alcool , les drogues ou ses levres. M. exhultait et criait comme une forcenée sous les regards des mes amis medusés.
G. me dit qu'il n'avait pas envie de finir la nuit dans ce bar de nuit que mon gang allait envahir jusqu'a l'aube. Nous nous sommes eloignés discretement du bar et G. me passait la main autour de la taille se moquant gentillement du blouson doré que je portais. Un coup de fil rapide au numero d'abonné des taxis et cinq minutes plus tard , un Mercedes beige venait nous recuperer dans le froid de la nuit parisienne.
Il me serrait la jambe fermement dans la berline et je le sentais me desirant. Il regardait par la fenetre pour apercevoir les monuments eclairés et son sourire me faisait fondre. Il m'embrassait de temps en temps et le chauffeur faisait mine de ne pas nous voir. Paris me semblait terriblement romantique a ce moment la et je lachais prise , essayant de ne pas anticiper sur la suite des evenements.
Une fois dans mon appartement , il fumait une ciagrette bon marché , confortablement installé dans mon canapé et j'abandonnais mon beau slave pour une douche meritée. Sous le jet brulant je me debarbouillais de mes exces de la soirée et l humeur noire qui ne me quittait que rarement. La porte du pare douche s'ouvrit doucement et je sursautais en apercevant G. dans l'embrasure. Il etait completement nu , encore plus beau que precedement, ses yeux remplis de desir, son corps large et musclé, son ventre dessiné recouvert d'un mince duvet blond. Il etait plus beau que sa tenue ne le laissait deviner.
Il me rejoignit dans la petite cabine de douche et commenca a me caresser avec une douceur infinie. Le temps s'etait immobilisé et plus rien n 'existait que nos deux corps dans cet espace, que ses mains sur moi , que sa peau douce contre la mienne. Puis il sortit pour s'essuyer et m emmena vers ma chambre. A ce moment je fus pris de panique comprenant que je ne pouvais plus reculer , et je revis brievement ce qui m etait arrivé il y a quelques années. Ce viol qui m avait tant brisé et tant abimé, se presentait une fois de plus a mon esprit et me suppliquait de l'expedier loin de moi.
Mais cette fois ci , je me suis dit que je devais enfin passer au dela de tout ca, de ne pas laisser gagner celui qui m avait souillé et que je devais me respecter et me laisser le droit de vivre normalement. Je pris une grande respiration et accepta la main de G. qui m'invitait a le rejoindre dans mon grand lit. Liberé de mes peurs, je l ai laissé me toucher , son corps musculeux cognant contre le mien, je le sentais en moi , fort , puissant , mais tendre , genereux , sans desir de me voler , de me salir. C'etait une communion comme je ne pensais plus en connaitre, me laissant aller a l'onde de plaisir qui parcourait mon echine dorsale, me faisant cambrer de plus belle sous les attaques de son bassin. Le plaisir que j ai ressenti avec lui n avait aucune mesure avec le semblant d orgasme mecanique que j avais avec les autres , tous ces simulacres d'homme que je laissais abuser de moi , considerant que mon corps etait deja mort.
G. gardait ses yeux plantés des les miens , ebloui par ce qui se passait , me murmurait des phrases en russe que je ne comprenaient evidement pas, basculant sa tete en arriere pour prolonger le plaisir jusqu'a la jouissance incroyable , etourdissante, aveuglante.
Epuisé, il alluma une cigarette et passa de nouveau la main dans ses cheveux en bataille. Il me sourit et me dis qu il aimerait me revoir. Il tira une autre bouffée et me dis qu il revenait mardi a Paris.
J'ai allumé a mon tour une cigarette blonde et j ai levé mes yeux vers lui. Pourquoi pas mardi....
Does your life sometimes feel like one big fake orgasm ?
La bruine collait lentement les meches de cheveux sur mon front pendant que je remontais la rue. Ma tete resonnait encore des conversations de la soirée avec ma soeur qui m avait raconté en detail sa lente descente dans la depression.
Pendant qu elle me parlait j avais l impression de relire des chapitres de ma vie et je me disais que j aurais aimé que quelqu un fasse de meme pour moi.
Mais je n ai jamais osé deranger les autres avec mes problemes, me disant que je devais soigner mes propres blessures sans perturber le cours de leurs vies. Alors j ai prefere le silence de mes quatres murs et les pages blanches de mon ecran.
Do you sometimes feel like you've been used and abused
Your not visibly black and blue /But on the inside bruised
And does your love life leave you feeling kinda bemused
You've played all the games and you're no longer amused
J'aurais aimé un jour que quelqu un prenne cinq minutes pour m'ecouter vraiment , pour comprendre cette violence en moi, mon regard qui s'eteint parfois lors d'une fete qui bat son plein.Pour percer derriere ma jovialité et mes remarques acide.
Peu de gens y arrivent et il ne sont plus la, autour de moi, eparpillés aux quatres coins du monde. I don't believe in shooting stars but I believe in shoes & cars.
La nuit etait claire mais la lune ne percait pas a travers les epais nuages. Je marchais en balancant ma tete de gauche a droite. Kanye West me deversait son flot dans les tympans et je deambulais en rythme.
Je repensais a mon ami du bout du monde avec qui j avais pu parler grace a la technologie moderne mais je n avais pas aimé l immense tristesse que je devinais dans ses yeux.
Et je continuais a marcher essayant de me rappeller les noms de ces hommes avec qui je couchais pour me senti exister, mais sans vrament y parvenir
Je me rappelais de mes moments d ennuis que je trompais avenue Montaigne a essayer de me donner de l'importance avec des sacs griffés qui mouraient dans l'immense dressing.
Je me rappelais aussi des yeux bleus de D. lorsque je me reveillais dans sa chambre de bonne du boulevard Sebastopol et des cognements de mon coeur contre ma cage thoracique.
Et la tete penchée en arriere , j essayais de me rappeller la nuit sur Brooklyn le jour de mon arrivée , devinant les lumieres de Manhattan.
Je serais bientot la bas....
Je n ai pas ecris depuis des semaines, par manque de temps? par manque d'inspiration? par manque d envie? Je ne sais pas et je m en fous? Je vais mieux , j'avance, je me soigne et gueris petit a petit
J avance comme je peux, j essaie de ne pas me laisser blesser par les autres , par ce qui m entoure , par ce qui m arrive, par ce qui arrive , par la durete du monde autour de moi
J ai envie de croire que ca s arrangera et que tant que je serais debout , vivant et fier de ce que je suis , le monde sera moins sombre.
Je pense a Lawrence King , Matthew Shepard et tous les autres qui sont victimes de l ignorance , de la peur et de la haine qui sont abattus comme des chiens parce qu ils ne rentrent pas dans la norme, ils sont homos et le vivent haut et fort, ne se deguisent pas en " heteros" assument ce qu ils sont et laisse leur liberté se developper au dela des "standards"
Et tous ceux qui sont genés, voire ecoeurés par les folles, n' oubliez pas que c'est ce genre de sentiment qui au sein meme de notre soi disant communauté, conduit a l exclusion, la solitude et a la haine, celle des autres et celle de soi meme.
N'oubliez jamais Matthew Shepard et Lawrence King et les milliers d anonymes qui ont choisi de ne pas se cacher sous un pull Celio et une normalité de facade pour vivre comme ils le desiraient. Et quand vous aurez ce regard condescendant envers ce garcon habillé de facon un peu trop voyante ou dont la voix vous parait un peu trop aigue... N'oubliez pas que dans ce cas vous serez le premier a leur jeter la piere et que les autres ne seront pas tres loin....
Je regardais la photo que V. m'avait envoyé. J'essayais de m'y reconnaitre desesperement, mais je sentais la fraude a cent metre. Je reconnaissais mes traits mais ils etaient lissés a l'extreme , chaque pore de ma peau reconstruit a grand coup de photoshop, les cernes gommées , le menton affiné, l'oeil agrandit , la paupiere rabaissée.
Je pensais a mon ami du bout du monde et a ses avancées en chirurgie et je me disais que s'il se voyait comme ca, il n'hesiterait pas a continuer et ca me donnait envie de me lancer dans l'aventure.
J'avais laissé J. dans son immense appartement pour retrouver ma solitude , ma bouteille et mes Marlboros. N. me hurlait de venir a NYC et je me tatais encore....
Apres tout , je n'etais pas le plus malheureux.
Je n'y arrive pas. Je tourne en boucle , repetant les memes choses et je me fatigue moi meme. Je reste figé sur des details comme chante l'autre , et je n'arrive a rien.
Mes anciens assistants reussissent plus vite que moi et ca me mine. La seule solution que je trouve est de me cazlfeutrer dans ma defonce et dans l'epaisseur de ma couette
N. et A. se demandent pourquoi je ne suis toujours pas avec elle a NYC , et je n'ose pas leur dire que je suis paralysé par la peur et la tristesse. De quoi?
J'ai tellement emmitouflé les causes de mes douleurs dans des nappes de medicament et d'alcool qu'elles sont floutées , comme une mauvaise photo de David Hamilton.
J. essaie de me secouer et de me faire remonter a la surface mais je lui joue la comedie comme a tout les autres, mon ami du bout du monde m'envoie tout le soutien possible. Et je me cache sous ma follitude , a grand renfort d'humour acide et de vetements griffés.
Je ne suis seul que dans mon coeur , dans ma tete. Et je repousse tout d'un coup de pied