Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton (mis à jour mercredi 21 janvier 2009 à 19:20)
Je n avais pas posté depuis des mois. Pas par manque de choses a dire, bien au contraire. Mais je ne sais pas, je n arrivais plus a rien mettre en forme , dumoins sur un ecran d'ordinateur.
Beaucoup de choses s'etaient passées en si peu de temps.
J'avais perdu 22 kilos, retrouvant de nouveau cette taille 34-36 que j aimais tant. Je pouvais enfin jeter les pantalons cache-misere et les tshirts oversized, et me glisser dans les vetements de createurs que j amais tant.
J'avais reussi ce tour de force en partie grace a ma desintox et quelques mois sans toucher de l alcool m avaient grandement aidé.
La j avais rechuté ,ce qui etait un grand classique chez les polytoxicomanes. J'avais quitté mon cger whisky pour la vodka, qui laissait une haleine moins forte et qu on trouvait plus facilement dans les soirées des happy fews.
Mais je compensais l alcool par une anorexie-boulimie d une rare violence, qui m empechait de trop regrossir.
J ai été dans le cadre pendant cinq mois. Beau record.
J'avais recouvert mes cheveux blancs a grand renfort de teinture noire corbeau et K. m'avait posé des extensions jusqu au milieu du dos , histoire de changer de look.
Je retombais dans mes travers gothique mais je me sentais bien comme ca. Ca mettais de nouveau une barriere entre les gens et moi, qui n osaient s'approcher de cette personne un peu trop mince, un peu trop dark, un peu trop blafarde. Les enfants serraient plus fort la main de leur meres quand nous croisions nos regards et au fond de moi je sourissais
Les gens du milieu etaient aussi bluffés par ma transformation, et les contrats revenaient doucement apres cette fucking crise qui m avait empeché d'assouvir mes envies de shopping.
J avais quand meme pu m acheter un manteau et un sac chez Chanel , c etait deja ca , mais je restais sur ma faim.
J attendais que les bijoux qu'on m avait fait sur mesure n arrive et je continuais mon bonhomme de chemin dans cet etrange marasme qu etait la mode.
J avais un nouvel assistant tres drole qui semblait m idolatrer et je me laissais faire avec le plus grand des delices. Nous parcourions la place de Paris pour recuperer des chaussures a plateforme et de bas en latex, a gossiper sur la Terre entiere, j etais fidele a moi meme.
Deux jours que je trainais dans l appartement sans but, passant du canapé du salon a la chaise en cuir du bureau.
Envie de rien, surtout pas de parler.
Je regardais les plaquettes de Xanax etalées un peu partout et je me demandais combien je pouvais en descendre avant de m effondrer sur le sol comme une poupee de chiffon...
J avais envie de ca, de vider tout dans un grand saladier transparent et de les avaler comme on le fait avec des cacahuetes lors d'un aperitif.
J avais pourtant vraiment fait des progres, divisant ma consommation d alcool par 7, ce qui tenait du miracle. J'avais perdu plus de cinq kilos , a la grande joie de mon entourage " never too skinny"
J etais de nouveau dans les petits papiers de certaines personnes tres influentes et on continuait de me tartiner de compliments. Back in the game : Big time.
Mais je m en foutais. Je deambulais dans ce pull en lin Gianfranco Ferré qui devait etre cinq tailles trop grande et un jean noir d'un oscur createur new yorkais , la peau encore fragilisée par les seances d'uv que je faisais avec la plus grande irregularité et qui soit ne marchaient pas ou me brulaient au deuxieme degré. Une clope au bec et pas une goutte d alcool dans le coin.
Allez encore un petit cachet saumon, ca ne peux pas me faire de mal , enfin pas plus que tout le reste.
je parcourais de vieilles photos de mes soirées avec le gang et je me demandais si on allait avoir un oscar d honneur collectif pour tout ca. Toute cette fausseté en si peu de temps, on le voit aux pupilles trop dilatées et aux cadavres de bouteilles dans tout les coins.
Mais on voyait que je n y etais plus vraiment, un peu comme les photos a double exposition, mon corps etait la mais mon esprit etait en pilotage automatique.
Je n avais plus envie de NY, plus envie de ce boulot, de tout ca je m etais detaché. Pas lassé , ni desabusé, juste absent.
On verra bien si demain il restera des pilules sur la table , je pense que oui je n ai pas ce courage ou cette lacheté, dumoins pas encore.
De retour de Russie, j avais du mal a revenir a la vie normale.
Je ne savais pas trop comment me comporter ici sans les hotels 5 etoiles, le hummer 24/7 , les photo calls , les interviews avec les televisions et les flashs des photographes. Ca avait été tellement brutal , douloureux mais galvanisant, la fatigue ne se faisait a peine sentir, pas le temps de se poser, encore moins celui de reflechir , juste ajuster la ligne de sourcil d un trait de crayon, de remettre en place la pose apprise par coeur et donner ce que les autres attendaient. C'etait effrayant mais jouissif , cet etat de transe permanente, cette urgence , un imperatif qui ne laissait pas le temps aux etats d ames
Pas le choix, les rapaces etaient la, aux aguets , voulant capturer chaque moment, chaque seconde. Alors on s'executait , un sourire, une oeillade, le tout calibré pour satisfaire la vindicte populaire
Je ne regrettais rien, peut etre juste que ca ce soit arrété si rapidement. D'ici un mois le cirque recommencerait et cela m effrayait. La celebrié etait addictive et j etais du genre a tomber dedans avec un grand sourire.
C'est vrai que je m'en fous. Du rechauffement de la planete, de la crise economique, des catastrophes naturelles, de la torture des animaux. Ca ne me touche pas. Ou plutot ca ne me touche plus.
J ecoute plutot les battements de mon coeur qui ralentissent petit a petit, mon espoir qui s amoindrit, mes amis qui m abandonnent un par un, mes espoirs qui fondent, ma vie qui se raccourcit. Besoin de m occuper de moi for a change. Ne plus preter mon flanc aux autres, a leurs malheurs , ne plus etre un punching ball emotionnel.
Demain je vais enfin entamer une therapie, j ai peur de ce qui va en decouler, comme devant le choix cornelien de la boite de Pandore. Quels demons vont s en echapper?
De toute facon je ne peux plus continuer comme ca. A m oublier dans ces defonces toujours plus insatisfaisantes,. Augmenter la dose, essayer de trouver un peu d'absolution. Erase & rewind.
Ces fetes me forcent a rejoindre ma famille mais pour une fois je n aurais pas a jouer le role de l enfant modele. Je leur ai tout deballé dans un mail alcoolisé, où je ne pouvais plus me cacher, masquer ces douleurs et ces blessures ouvertes qui saignaient dans le silence de mon si joli petit appartement. J' ai niqué ma couverture et me suis retrouvé exposé aux balles sifflantes.
Apres tout je vais avoir 30 ans, je me devais de leur dire la verité. Que leur enfant cheri souffrait et ne resumait pas qu a un sourire standardisé et une bonne humeur de facade. Que moi aussi j avais mal, que moi aussi je souffrais, que moi aussi je trouvais la vie repugnante.
Ca les a tous bousculé dans leur quotidien si organisé, où j etais le pilier, le phare qui pouvait guider dans les obscurités. Je n etais qu un etre humain avec ses cicatrices a vif et son ame en feu.
J espere que le docteur m aidera a trouver ma propre lumiere...
Devant la grande baie vitrée du sixieme etage, je regardais la seine s'ecouler placidement. Les flashs crepitaient sous les hurlements du photographe couverts par un remix de Behind The Wheel de Depeche Mode. La modele etait toujours au bord de l'evanouissement sanglée dans un corset facon XIXeme siecle et tentait de donner le change sous l'epaisse couche de maquillage.
Tout le monde avait une cigarette allumée et un brouillard de nicotine remplissais la piece. Je rejoignais J dans la cuisine pour me couper un peu de tout ca. Un tintement de cristal , un verre vite descendu et de nouveau une cigarette. J se faisait de fines lignes sur le plan de travail en bois avant de les sniffer bruyament. Je me saisis du petit sachet de plastique et renversait un peu de poudre sur la peau de ma main. J'en passais le contenu sur mes gencives pour que ca aille plus vite meme si je detestais cette sensation d'amertume que ca laissait dans ma bouche.
Les levres un peu anesthesiées , je refumais une cigarette, sans passion, sans emotions. Je recommencais a flotter dans cet etat moyen, où les choses restaient a la surface, où je ne m emballais plus, cette espece de sensation de vide sans interet, sans etats d'ame.
Le retour a la realite n'etait pas si facile que ca en fait. Mais je n avais pas vraiment le choix que celui de faire face...
Deux jours a reprendre le cours de ma vie. De nouvelles seances photos, Metronomy a plein regime , des mannequins imbeciles (pleonasme?), des nuages de laque et des kilos de fond de teint : je retrouvais mon element.
Mon retour dans la capitale n'etait pas passé inapercu et les coups de fils ne cessaient de tomber. They want a piece of me. Perché dans la cabine de maquillage , je cachais derriere un portant blindé de robes hors de prix pour fumer une cigarette sans etre obligé de sortir dans le froid comme les autres. Ca faisait rire J. de me voir me comporter comme un ado de quinze ans dans les toilettes du lycee. J'ecoutais les compliments pleuvoir sur moi pendant que je tirais sur mon cancer-stick et pour une fois j'arrivais a les apprecier.
J. se moquais gentillement de ma repousse capillaire et que, par manque de temps ou de motivation, je n'avais pas eu le temps de les lisser. Mes cheveux reprenaient leurs droits et ondulaient librement comme a l'epoque où ils me fouettaient le milieu du dos. La seule difference etait cette abondance de fils blancs, rigides comme du crin, qui zebraient mon chatain habituel.
Je sentais que j'avais franchi un cap dans ma carriere, que j'etais plus respecté, peut etre le seul avantage de vieillir, et les assistants photographes avaient une espece de deference envers moi devant l'etalage de vetements couture que j'avais fourni. Mon nouvel agent me bichonnait comme une pouliche a un derby et ca commencait deja a jaser dans mon dos. Anyway, j'etais coutumier de la chose et je m'en foutais.
Entre deux images, J. me rejoignait pour se droguer gentillement dans le backstage et on pouffait sans retenue sous l'effet de la montée. C'etait agreable, c'etait leger.
Je redevenais un peu maitre de moi apres mon experience londonienne et je prouvais au microcosme et surtout a moi meme , que j'etais loin d'etre fini. Bien au contraire.
Douze heures de travail plus tard, je me retrouvais de nouveau dans une Mercedes noire qui me ramenait a mon si joli petit appartement et je ne desirais rien de plus que de m'effondrer dans mon canapé, une cigarette a la bouche et un whisky dans la main. Un texto de mon actrice me demandant de l'aider a repeter un role pour sa nouvelle carriere hollywoodienne finit par me rendre le sourire. Du moins provisoirement.
Mais c'etait toujours ca de pris...
J'essayais tant bien que mal d'organiser quelque chose pour mes trente ans, une fete dont je pourrais me rappeller pendant longtemps et dont je regarderais les photos en gloussant dans quelques années. Je cherchais en vain un endroit pour faire cette soirée et les seules proposition qu'on me faisait etait dans des clubs trop connus ou dans des bouges immondes. Ca serait une grosse soirée avec des attachés de presse hysteriques,des mannequins alcooliques , quelques personnalités et mes amis proches. Meme mon ami du bout du monde devrait etre la et ca me rechauffait le coeur.
Il ne me restait qu'un mois et ca commencait a me travailler. J'allais passer le cap fatidique, ma date de fraicheur allait expirer et je ne pouvais rien y faire. La course contre le temps est forcement perdue d avance.
Pourtant je me rapprochais un peu de moi, mes cheveux repoussaient et je me jurais de ne plus les couper pour rentrer dans un moule quelconque ou pour plaire a quelqu'un. Je m'habituais a l'idée de ne jamais avoir de relations et de devoir vivre uniquement de mes amities et de ma carriere.
Cette derniere reprenait son essor apres mon echec londonnien, je decrochais de nouveaux clients et plutot prestigieux pour le coup. Cela me redonnait un peu de baume au coeur...
Je n arrive plus a ecrire, je suis comme asseche, vide de toute substance. Je ressens encore la melancolie persistante que je sentais depuis la fenetre de mon appartement du sud de Londres, lorsque j observais la vie s'ecouler dans l'immeuble d'en face. De voir leur quotidien si simple, si repetitif, si delicieusement ennuyeux. Je comprenais alors mieux ce spleen qui s'echappait des melodies d'Everything But The Girl. La ville transpirait la tristesse et a douce amertume.
Meme dans ces soirees privees que je parcourais en debutant, devenant par la meme occasion la nouvelle attraction avec mon accent trop nasal et mes bijoux trop chers, je ne me sentais pas vraiment a ma place. Pourtant mes nouvelles connaissances etaient flamboyantes, vibrantes, papillonnant d'un ancien peep show a un theatre du XIXeme, sous une cascade de rires et des decibels plein les tympans. Les nuits etaient interminables et remplies de decadence.
Puis j ai envie eu la chance de retourner dans le seul endroit que j aimais. New York.
S. m'avait envoye en douce un billet d avion pour que je sois le cadeau d'anniversaire surprise de N. Je ne l'avais pas revu depuis qu'elle etait retournee vivre aux Etats Unis et elle me manquait cruellement.
A peine descendu de l'avion , je sentais mon souffle plus regulier et le poids qui m oppressait depuis toutes ces annees semblait s'estomper dans le Holland Tunnel. Tout etait si famillier et en meme temps si extraordinaire. Je vibrais a chaque instant et je me sentais enfin vivant.
Et les jours suivants, une nouvelle energie me remplissait le corps, je ne ressentais plus la fatigue qui me terrassait au quotidien, ni les coups de poignards dans mon coeur et les cicatrices de mon ame semblaient doucement s'attenuer.
Le retour en France fut plus que difficile, je ne pouvais cesser de pleurer sur mon eden retrouvé puis perdu. Je ne trouvais gout a rien dans ce pays dans lequel j'avais pourtant vecu toute ma vie. Je sentais bien que ma place etait ailleurs et que je faisais fausse route. Et ce travail qui m avait fait tout quitter etait un fait une cage doree dans laquelle je m ennuyais fermement.
Depuis ce soir le champ des possibles est de nouveau sous mes yeux car mon contrat venait d'arriver a echeance avant terme et me rendait ainsi ma liberte. Avec un peu d'argent de cote, je pourrais sans doute retourner a New York, ne serait ce qu un mois , pour faire le point sur ma vie. Ou bien tenter de m'adapter ici et essayer enfin de vivre.
L'instant etait enfin arrivé. Je partais dans quelques heures vers ma nouvelle vie.
Je naviguais entre la peur panique et l'excitation, le front couvert de sueur et la gorge serrée.
Dans une dizaine d'heures , j'aurais quitté Paris, laissé derriere moi beaucoup de choses , notement ma famille , les quelques amis qui me restaient,des centaines de vetements entassés dans le dressing, des souvenirs en pagaille et mon si joli petit appartement. Je ne perdais sans doute pas au change , en fait je n'en savais rien. J'avais l'impression que j'oubliais la moitié des choses et que je ne pourrais pas faire de marche arriere.
Alors que je savais parfaitement que je n etais qu'a environ deux heures de train de chez moi mais il s'agissait d'un tournant dans ma vie. Je quittais le cocon et tout ce qu'il m apportait de securisant mais aussi il me confortait dans mes nevroses et m'empechait d'avancer.
J'ecrivais un nouveau chapitre de ma vie et j esperait qu'il serait plus excitant que le precedent....
Avec cette nouvelle coupe de cheveux, je faisais plus modasse que jamais. Besoin de changement ou plutot de rafraichissement. Histoire de coller plus a ma nouvelle vie de neo-nomade de luxe...
Je devenais progressivement quelqu'un d'autre et ca n 'etait pas plus mal , je me detachais de cette vieille carcasse pour enfin eclore et prendre la place qui me revenait. J. s'eloignait de moi progressivement et je ne lui en voulais presque pas.
I know you got another life, you gotta concentrate....
Je me disais que j allais reprendre le regimeet queje perdrais ces saletés de poignées d amour qui s'etaient accumulées a grand renfort de whisky coca
Et dieu que N. et mon ami du bout du monde me manquaient...
Mon planning est de plus en plus flou. Je dois faire cinq pays en moins de deux mois, de facon aleatoire, sans avoir la moindre date ni la moindre feuille de route. On m'a appris que c'etait ca le nomadisme de luxe, j espere m'y adapter.
Je ne sais pas où je serais dans trois jours, aucun moyen de se preparer mentalement a faire le deuil. Je comprends mieux les angoisses de mon amie mannequin qui redoutait les appels de son booker, de peur de devoir une fois de plus partir.
A l epoque je l'enviais de passer d un avion a un palace, d'une limousine a une ile des Caraibes. Elle me confia un jour qu'elle revait de s'offrir le luxe de rester enfermée dans son appartement pendant une semaine d'affiler a regarder des soaps et manger des Oreos. Je la prenais pour une folle a l'epoque mais je comprends mieux cette panique de passer d'une ville a l'autre sans jamais pouvoir se poser et apprecier la beauté des choses.
Je me disais que ca ne pourrait me faire que du bien que de me detacher de tout ca, de couper le cordon avec les amis, de ne pas voir ma mere vieillir sous mes yeux, jour apres jour.
Je me resservais un verre en reecoutant de vieux tubes de mes années clubbing. Ces années quasi insouciantes où j'arpentais les dancefloors moulé dans du taille 34, les cheveux trop decolorés et des reves encore plein la tete. De la salle Wagram, des soirées TGV et Scream , du Queen quasiment quotidiennement et la fatigue qui n'etait pas au programme.
C'etait sans doute ca de vieillir , ne plus etre capable d'en faire autant qu'avant, de payer les exces passés, d'acheter des cremes pour combler les rides et d'avoir une nostalgie de bas etage pour ce qu'on prenait pour l'age d'or. Mais c'etait peut etre le moment ou j'allais vivre pleinement.
J'ecoute de vielles chansons de Rose Royce alors que je devrais deja dormir a poings fermés, assommé par les somniferes. Ce soir je suis tellement decu... Ca ne fait que conforter ma decision de quitter cette ville maudite. Le peu d attaches qui me restaient se defont peu a peu , comme du coton rongé par une flamme.
Je me dis alors que j ai fait le bon choix et que rien de bon ne m attends ici. Je vais tout laisser derriere et apres oublier...
Je me suis servis machinalement un verre de whisky ; pas par envie, juste par reflexe. Je passais ma main sur les objets qui se recouvraient de poussiere sur la cheminée de marbre du salon. J'y retrouvais des moments de ma vie, des instantanés qui jaunissaient, des traces de moi.
Je m'imaginais deja fermer a double tour la lourde porte d'entrée en trainant une valise trop remplie. Mais ces quelques jours passés a Londres m'avaient conforté dans mon choix ; la solitude que j'avais trainé pendant presque dix ans dans les rues de Paris s'etait soudainement envolée la bas, bien que je n y connaisse personne.
Je savais que j allais renoncer a beaucoup de choses mais ca ne me derangeait pas plus que ca. Je me disais que ca me renforcerais , que ca me forgerais le caractere comme le disait ma grand mere.
La bas , je comprenais enfin la melancolie permanente qui emanait des chansons d'Everything But The Girl, lorsque je fumais par la fenetre du Council House où je logeais. Je trouvais ca reposant de laisser la vie s'ecouler par les fenetres du batiments d'en face. Cette melancolie etait dans les gaz d'echappement des bus imperiaux, dans la fumée des percolateurs de Nero, dans le col remonté d'un trench Burberry.
Mais j'avais envie d'experimenter tout ca, de me meler a cette foule anonyme et a cette masse informe de morecaux de vie a attraper au vol. Je serais quelqu un d autre, ou plutot moi meme. Who knows?
En pleines reflexions metaphysiques a deux yens, je me dis que parfois les successions d evenements en sont aucunement dues au fait du hasard mais qu elles doivent se produire pour nous donner des enesignements, qu on puisse tirer une lecon.
Pour une fois , je ne pense pas a une espece de fatalité ou de mauvais sort, mais plutot comme un parcours initiatique qui fait ce que nous sommes. Ca ressemble a des divaguations d alcoolique comme a mon habitude, mais pour une fois meme pas.
J espere juste que tout ca sera en ma gfaveur pour changer et que je ne perdrais pas tout sur un coup de dé.
Je realisais peniblement que dans un mois, j habiterais dans un autre pays. Ca semblait encore tellement virtuel, je ne savais pas ma date exacte de depart, mon lieu definitif de residence , bref toute une foule de details qui me donnaient des sueurs froides la nuit. Je me demandais si je prenais la bonne decision et si j'aurais le courage de le faire.
J'avais peur de me retrouver seul face a cette nouvelle vie et d etre livré a moi meme cent pour cent du temps. Plus d'amis relais, de point de reconnaissance dans les quartiers ,de familiarité avec les barmen ni avec les vendeuses de la rue Cambon.
Et c'etait sans doute ca la bonne nouvelle. Celle de devoir se recreer, de donner de nouveau et d'apprendre sans cesse. J'avais dix huit ans de nouveau quelque part. Avec cette meme boule au ventre que j'avais quand j'avais emmenagé il y a plus de dix ans dans mon si joli petit appartement qui a l'epoque n'etait meublé que d'un immonde clic-clac , d'un frigo et d'un reveil. Je me retrouvais la dans cet appartement silencieux , cherchant dans les moulures defraichies des indices sur ma vie future.
Eh bien je devais recommencer ce chemin , et je me disais qu'avec l'experience de ces dix ans , avec ces blessures , ses crises de fou rire , ces moments de desespoir et ceux de joie ultime , je serais plus a meme de vivre mieux , si ce n'est de vivre tout court.
Si cela se trouve , ces dix ans et des poussieres n auront ete la que pour m enseigner des lecons de vie et de me donner l'opportunité de vraiment m epanouir ailleurs.
Ils disent que vingt ans est le plus bel age... Je leur reponds :Bullshit...
La vraie vie doit commencer a trente ans , enfin dumoins pour moi.
Dans son strict tailleur Saint Laurent caviar ceinturé de rouge, elle restait d'un calme olympien a la limite du paranormal. Elle m ecoutait lui annoncer la nouvelle de mon prochain depart pour Londres, de ce nouveau travail , des mes aspirations, de mon ambition. Mummy Dearest ne disait rien , ne froncais pas ses fins sourcils, ne crispait pas sa machoire.
Je m attendais a un clash douloureux et je me suis retrouvé face une femme qui comprenait que son enfant venait de prendre une decision d adulte. Je coupais le cordon et pas une goutte de sang a l'horizon.
Quand elle parla, ce fut pour me dire qu'elle me trouvait courageux de tenter une aventure ailleurs , de vouloir bouger , de vouloir donner un sens a ma vie.
Elle etait presque sereine de me voir enfin prendre le controle de la situation , elle attendait sans doute ce jour où enfin je ne prendrais pas une decision sous l'emprise de la colere ou de la rebellion mais apres une reflexion mure et longue.
Je me retrouvais le souffle coupé devant cette reaction , alors que j avais anticipé a l avance les melodrames et les crises potentielles. J'etais soutenu, j'etais compris.
J'etais aimé.
De retour de Londres , je ne sais plus trop où j'en suis ni ce que je dois faire. J ai obtenu le job que je voulais mais je me retrouve face a mes doutes comme d'habitude. Partir? Revenir? Comme une chanson d'Ollano.
Mais je me connais plus que les gens ne le croient. Je sais que je vais saisir ma chance et aller la bas, ne serait ce que pour trois mois.
A peine revenu a Paris, j'avais les larmes aux yeux et la boule au ventre, comme tout les matins du monde. A la terrasse du café en bas de chez moi avec mon redacteur en chef , j'avais envie de chialer comme un gamin de huit ans et de donner des coups de pieds dans la table.
J'avais peur de la reaction de Mummy Dearest, sachant parfaitement qu'elle allait flipper et tenter de me culpabiliser une fois de plus sur les mauvais choix que je ferais forcement , choisissant de m'eloigner du giron familial.
Mon coeur est tellement serré que j'arrive a peine a coucher mes mots. Maybe tomorrow...
Dans une vingtaine de minute, le chauffeur viendra me recuperer afin de me faire voyager dans ce pays où m attends peut etre un futur , que je dessine, que j espere, qui m'effraie , qui me passionne.
J ai pris trop de bagages pour quatre jours comme a ma grande habitude et je me dis que j ai oublié l essentiel.
Je prends une rasade de whisky pour faire cesser les tremblements de mes mains et deux cachet au cas où. Je repasse dans ma tete de facon aleatoire les elements qui me feraient quitter la France et malgré deux ou trois choses, je ne vois rien d essentiel. Je dois me prouver que je ne suis plus un enfant et que je peux voler de mes propres ailes dans un pays etranger avec ce nouveau boulot qui m'excite a l'avance.
Je pense a N. et a mon ami du bout du monde. J'aurais voulu qu'ils me serrent dans leur bras.
Dans le salon de J. , la table basse etait couverte de bouteilles d'alcool , de magazines de mode souillés de sauce chinoise, de verres a pied en cristal a demi vide, des restes de junk food cotoyant des cendriers qui debordaient, des billets usagés et des pailles coupées etaient abandonnés sur des cartes de credit ; le fracas habituel. Ce soir la , je n avais aucune envie de socialiser ou de retomber sur un de mes exs et je gobais des cachets pour accentuer l'ivresse
Nageant entre deux montées , je parlais avec mon ami du bout du monde via webcam. Les lignes s'enchainaient sur un vieux Vogue Italy et je descendais les verres sans meme m'en rendre compte ou plutot sans meme m'en soucier. Un mince filet d'air passait par les fenetres entrouvertes et l'agitation de la rue voisine arrivait a peine a couvrir le tumulte des rythmes electro craché par les vieilles enceintes. Sur l'ecran plasma , un mauvais film porno gay tournait sans qu on n'y prete vraiment attention et mes deux amies lesbiennes faisaient des essayages avec la quantité improbable de vetements couture que j'avais rapatrié.
M. deambulais dans le salon en cuissarde Jil Sander et mini boxer tandis que A. en robe bustier Lagerfeld redessinait deux fines trace sur le verre fumé de la table basse. Moi je ne portais qu'un mini boxer noir et mes diamants , et je dansais devant la camera pour amuser mon ami du bout du monde.
Il riait de bon coeur devant nos pitreries de pré-ados et ca me rechauffait l'ame de voir enfin un sourire qui n'etait pas forcé. Il avait explosé de rire quand les filles se mirent a me chauffer devant la camera comme dans un soft du dimanche soir. J'avais enfilé un grand manteau Chanel de tweed violine et je dansais avec mes amies au bord de l'overdose.
A l'aube, les filles se sont effondrées dans les bras l'une de l'autre, a bout de defonce et fatiguées d'avoir tant ri. Je les regardais avec tendresse, le string mal ajusté et les hauts talons encore aux pieds, dormir comme deux petites filles sage.
Moi j'etais a la fenetre et je regardais les junkies d'en bas se battre pour un peu de crack, s'insultant en polonais et se crachant dessus en signe de mepris, trop en live pour meme tenter de un corps a corps. Moi je fumais lentement, accoudé a la balustrade, sirotant ma derniere gorgée d'alcool avant de tenter de sombrer quelques heures, et je me disais qu apres tout la vie n'etait pas si mal...
Pour la premiere fois depuis longtemps ma carte Gold ne passait pas, j'avais encore du trop claquer en tournées diverses et autres conneries de shopping. Je me sentais impuissant face a ce genre de situations, presque imbecile , comme un enfant surpris en train de voler des bonbons dans un magasin.
Heureusement je pouvais compter sur mes "amis" pour me fournir les substances dont j'avais besoin pour tenir le coup. G. me harcelait de messages pour revenir dans ma vie alors que je l avais vu avec son nouveau mec quelques jours auparavent dans le bar dans lequel on s etait rencontré.
J attendais toujours des news de mon futur travail a l etranger, mais rien ne semblait vouloir venir, je restais la comme un con , a tourner en rond , a ecouter la meme chanson idiote en boucle et utiliser les memes stratagemes pour masquer ma melancolie.