Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton (mis à jour mercredi 21 janvier 2009 à 19:20)
Mes allers- retours a New York normalement rechargeaient mes batteries, mais cette fois , cela avait eu l effet inverse. J etais revenu epuisé , triste et miserable.
NYC avait ete magique et ne m avais pas decu une seconde, je m y etais senti heureuse, sereine , je m etais amusée , j avais ri , j avais affronté la vie et le regard des gens avec le sourcil arqué.
Je portais les tenues que j avais accumulé depuis des mois sans jamais avoir osé les porter a Paris, on m avait parlé , on m avait dragué, on m avait embrassée, on m avait fait l amour.
Et je ne m en remettais pas, je detestais Paris tellement , je n arrivait pas a recuperer du decalage comme si mon corps me disait de repartir au plus vite
tout etait penible ici, les gens , le bruit , le silence , les taxis , je detestais ma vie et avais de nouveau envie de me l oter
Toujours pas le courage de le faire, ou alors un dernier sursaut de vie qui m empechait de le faire.
Je ne savais pas combien de temps je pourrais tenir , on verrais bien....
Je buvais une vodka coca en repensant a mes dernieres tribulations.
Mon voyage a New York m'avait fait le plus grand bien , je ne m etais jamais senti aussi bien de toute ma vie. Je me sentais enfin a ma place la bas, je balayais mes doutes et mes peurs d'un revers de la main, les cheveux volant au gré du vent et je souriais sans me forcer pour la premiere fois depuis longtemps.
J aimais me promener dans les rues , un peu au hasard , me jetant dans un taxi quand je recevais un coup de fil de N. pour la rejoindre sur la terrasse du Peninsula ou pour aller bruncher au Bowery hotel.
Mon look detonnait toujours mais tout le monde s en foutait completement , a moins que je ne me sois rendu compte de rien. Le principal etait que j'allais bien et que pour une fois je pouvais dire que j etais heureux
Le retour avait ete plutot brutal avec les enchainements de mini melodrames dans mon travail. J'avais tenté de me refugier a Rome pendant deux trois jours histoire de ne pas replonger dans l hysterie parisienne mais ca n avait pas aidé.
Les gens m 'en demandaient encore plus , grignotaient sur mon temps de vie avec ces coups de fil a repetition et ces emails en rafale.
J etais systematiquement en retard et cela affectait mon humeur encore un peu plus. Je ratais systematiquement les interviews et je n'arrivais pas a me concentrer lors de mes meetings avec le marketing. Je passais mon temps a passer ma main droite dans mes extensions platine tout en jouant avec ma cigarette dans la main gauche.
Un de mes assistant avait eu la mauvaise idee de me demander s'il m'ennuyait avec les retroplannings et j avais repondu oui sans meme lui adresser un regard.
Ca lui donnera de la matiere au livre qu il ecrira dans quelques annees si je ne le vire pas avant ou si je n overdose pas.
A. mon coiffeur, qui etait devenu mon ami et mon confident au fur et a mesure des heures passées entre ses mains, tentait tant bien que mal de me remonter le moral et me glissait toujours un mot gentil a l oreille quand je sortais du taxi, les lunettes noires vissées sur le visage, les traits fermés et les cheveux en bataille.
Je n arrivais a me detendre que chez lui, laissant les lourds nuages qui obscurissaient mon ciel disparaitre au fond de bac en meme temps que les residus de mon shampoing a la truffe blanche.
Une nouvelle semaine recommencait et je sentais que j allais la passer caché chez A. histoire de ne pas sentir la douleur s emparer de moi a nouveau
Je passais en boucle "The Black Dahlia" de Brian de Palma sans meme jeter un coup d'oeil a l'ecran , juste pour entendre la voix profondre de Josh Harnett , comme un bruit de fond.
J'essayais de digerer le simili repas que je m etais accordé, sachant pertinement qu'il finirait dans la bassine en plastique bleue qui me servait de compagne dans mes nuits sans sommeil.
Malgré les milliers d'euros que mettait mon coiffeur attitré dans ma chevelure platine, la nature reprenait ses droits et des ondulations indisciplinées se frayaient un chemin dans la criniere que je m evertuais a faire lisser.
Je ressemblais plus a Marylin Monroe apres l'overdose qu'a Scarlett Johansson dans ce film. La vie etait loin d etre aussi glamour qu un film de De Palma.
Le cendrier en Murano etait plus que plein , comme mon estomac qui retrecissait jour apres jour a gré de mes privations et de mes purges.
La nuit dernière , dans le reflet bleuatre de l'ecran du laptop, j'observais mes cotes ressortir et mes hanches etre plus proeminentes. Et j'etais content.
Je savais que c etait completement imbecile , que je me detruisais mais le sentiment d avoir gagné ne serait ce qu une journée contre la faim, me remplissait de joie.
J'avais meme lu un sentiment de pitié dans les yeux du caissier de ma superette quand j etais retourné chercher une bouteille de coca light et que mes clavicules ressortaient sous le tshirt blanc oversized que je portais, flottant dans mon slim taille 34.
Et je me trouvais encore trop gros.
Je me demandais si ce sentiment disparaitrais un jour et si je parviendrais a faire la paix avec mon physique. Avec mes insecurités et mes angoisses que je rincais a la vodka et aux antidouleurs.
Je sentais toute cette chair en trop dont je revais de me debarasser , commencais a penser serieusement a suivre le regime Black Swan , recommandé dans Vogue. C'est pour dire...
Mes troubles psychologiques s'etaient atténués sous le cumul des calmants, benzodiazpine et autres painkillers.
Le Tranxene au petit dej c'etait pas idéal mais c etait mieux que les toast et le jus d orange. Ca m evitais de rester au fond de mon lit a pleurer en regardant les moulures de mon appartement Haussmanien ou de faire sauter le caisson de la conne qui habitais au dessus de chez moi et qui aimait courir en talons.
On verra bien si j'aurais la chance de voir les premiers couchers de soleil de l été. Ou pas.
Apres une insomnie de plus , je m etais decidé a tenter un peu de me nourrir. Une fois dans la superette, mon panier en plastique restait desesperement vide, j'etais tetanisé devant les rayons et les produits disparaissaient sous le nombre de leur calories que je trouvais toujours trop elevées. Je placais neanmoins une bouteille de coca light pour tromper la fin et deux barquettes de pates aux concombre et saumon qui ne depassaient pas les 165 calories par barquette.Le caissier m avait reconnu et m'avait jeté un regard etrange quand je n'ai pas pris de vodka.
Une fois a la maison , je decidais de me lancer et de manger une de ces barquettes basses calories. Mes mains tremblaient si fort que le sol se retrouva jonché de pates et de mini dés de saumon. Meme mon corps refusait la nourriture.
J'avalais deux gorgées de Coca light en faisant toaster la derniere tranche de pain complet qu il me restait. Je regardais les resistances rougir en tirant sur ma Marlboro et je me disais que j avais besoin d une manucure.
J'essayerais la deuxieme barquette demain ca ne devait pas etre mon karma du jour.
Je me disais bien que ca n'allait pas durer. J'aurais du anticiper la descente, je m etais senti trop bien pour que cela ne dure.
Je m'etais de nouveau isolé, laissant le portable vibrer indefiniment sur l'epaisse couverture de fourrure, dans laquelle je me laissais glisser.
Mes cheveux poussaient et une legere barre noire venait saccager la chevelure platine que je m'etais offert. Et a force de rester allongé , prostré dans mon lit, mes cheveux s'etaient emmelés en une masse informe et repoussante. Je ressemblais a Courtney Love un soir de beuverie et c'etait loin d'etre glamour.
Cet etat m insupportait mais je ne pouvais pas combattre sans mes precieuses pilules. Et le retour en grande pompe de mon anorexie ne faisait rien pour embellir le tableau.
Anyway...
A l'heure où , le monde entier faisait semblant de s'amuser, en s'enivrant de mauvais champagne et de fois gras suintant, je deambulais dans mon appartement , savourant un moment de quietude.
J'avais refusé une dizaine de soirées organisées par mes "amis proches" et je ne regrettais en rien ma decision. J'avais relevé ma criniere platine en une espece de chignon qui tenait par deux epingles et mon maxi pull en cahsmere etait ma tenue de soirée.
Je me suis servi un grand verre de Coca light et me suis assis quelques instants. J'ai ouvert l'etui a cigarette monogrammé pour en porter une a mes levres et j ai contemplé mon salon.
Alors qu'ils ecoutaient de la musique trop forte et faisaient le decompte debile comme si quelque chose devait se produire, je regardais le travail que j avais accompli ce soir la.
J'avais retourné l'appartement et fais le menage a fond , comme pour purifier mon esprit de tout ce qui l encombrait. J'avais rempli plus de huit sacs poubelle de papiers divers , de colliers cassés , de photos qui ne me rattachaient a rien.
J'avais classé mes vetements par forme et fonctionnalité , utilisé 5 sortes de lingettes differentes , et rangé mes produits cosmetiques par couleur. Puis j'avais plié le linge propre et relancé une machine , ne craignant pas que mes voisins avinés ne se permettent la moindre remarque.
Et je me sentais bien. Je me retrouvais petit a petit.
L'appartement semblait plus grand maintenant qu il etait organisé et cleané. Et ca m apaisait.
Je pensais a New York et au mois d avril que j allais passer la bas, je pensais a N. et au bien que ca me ferait de passer du temps avec elle. Je m'imaginais les journées que j allais passer. Je revais eveillé.
Je devrais dormir depuis longtemps ou au moins essayer, plutot que d enchainer des cigarettes en regardant des comedies romantiques. Depuis quelques jours , je ne peux plus m endormir sans lancer Going the distance avec Drew Barrymore, je connais les dialogues plus que par coeur a force de le passer en boucle
K. m'avait dit ce soir que vieillir donnait un autre charme. En meme temps il avait 18 ans ce petit con, il pouvait parler des rides qu il ne connaissait pas , de la fatigue que son corps ne ressentait pas. Il pensait me remonter le moral? Raté
Je devrais agir , c'est ce que je m etais promis. A contrario , je me laissais aller dans une melancolie sourde et rien ne semblait me sortir de ma torpeur...
Une derniere clope pour la route, qui sait...
Quatre kilos perdus dans la semaine , c'etait un bonus.
J etais essouflé de fatigue, comme apres un marathon. Ma cervelle avait travaillé plus que de raisons et je ne laissais plus rien passer.
Je devenais dur comme un iceberg et je ne gardais ni mon ressentiment ni ma deception a l interieur de mon coeur
Mes cheveux sentaient encore la poudre decolorante et avaient une texture etrange , comme si ils n etait pas a moi, comme une partie ajoutée , un postiche pour dissimuler la laideur qui etait si envahissante
je regardais les photos dont je devais approuver la retouche et voyais a quel point il etait inutile de chercher a etre parfait quand la prefection tenait dans un logiciel.
La genetique ne m avait pas gaté mais l'informatique pourrait m aider...
J'essayais tant bien que mal de resister a la tentation de me saisir de la lame de rasoir et de me la planter dans la chair le long de mon avant bras. Pas pour me tuer. Il y avait d autres facon beaucoup moins salissante pour le parquet du salon.
C'etait juste pour la souffrance physique efface la souffrance mentale. Le manque se faisait insidieusement sa place dans ma vie de tout les jours. Je m en voulais de ne pas suivre mon traitement correctement et de me croire plus fort que la maladie qui me rongeait le coeur.
Tout allait trop vite ou pas assez, je ne savais plus au finish. Je devrais deborder de joie et vivre ma vie de facon hedoniste mais je restais bloqué sur mon nombril , laissant trop souvent les nuages gris m'obscurcir la vue.
Pourtant je ne laissais pas trop paraitre que j etais sur le point de ceder, dumoins je tentais de faire du damage control.
J avais encore une petite flamme en moi qui m empechait de passer le pas et de fairele geste de trop , mais je la sentais vaciller, chancellante et je me demandais quelle etait mon echeance.
Une pilule pour la route et je tenterais de sombrer dans le sommeil pour ne rien faire d'inconsidéré.
Mon nouveau traitement faisait plutot effet. En quelque sorte.
Je n'avais quasiment plus de phases maniaques et les phases depressives etaient en train de s'espacer.
Seulement j etais un zombie.
Aucune envie particuliere si ca n etait de me continuer mon regime et eviter les crises de boulimie. Je recommencais a compter les calories et a voir combien de temps je pouvais tenir sans manger. Deux Starbucks m'avaient suffi aujourd'hui et je savais que demain sur le shooting je chipoterais deux sushis et tromperais mon monde avec cette horrible soupe miso.
Je voyais la taille 34 revenir comme un saint Graal que je perdais sans cesse. J'allais de nouveau provoquer les regards et les commentaires aigre doux des jaloux. The center of attention.
J'avais hate que les quelques kilos que je trouvais superflu ( probleme de dysmorphophobie) disparaissent.
J'etais sobre depuis 3 jours et j esperais passer le cap de la semaine. Je sais qu une semaine n est rien du tout mais un jour sans boire est un jour gagné.
J'etais meme aller me racheter des livres alors que la defonce m avait empeché de lire une ligne en 5 ans.
Peut etre que j avancais? Je verrais si je tiendrais...
Comme disait la chanson "The drugs don't work"
Le jour commencait a se lever et j etais toujours bloqué devant l ordinateur, la bouteille d'Absolut au fond de la poubelle
Le cendrier debordait et mes glandes lacrymales aussi. Mais je ne pouvais pas me laisser aller , j avais peur que J. ne se leve et ne demande des explications.
Je me demandais où etait passée ma jeunesse et ce que j'aurais du en faire? Je ne devrais pas avoir de regrets , pourtant j en etais gavé.
Les années passaient comme des heures, et je ne saisissais que du sable entre mes doigts.
Mes amis vieillisaient et moi avec eux.
A plus de 31 ans je me comportais encore en ado a me rechercher alors que j aurais deja du etre stabilisé, etre un adulte reponsable, intégré et docile...
Je n'etais qu'un ado mal camouflé dans une enveloppe d'adulte, je n aimais pas grandir, encore moins vieillir, je ne savais pas combien de temps je pourrais supporter ces phases, ces moments de haute excitations , le coeur qui bat plus vite , le sang dans les tempes puis les phases apathiques, a regarder vainement les murs
La vie reprenait ses droits dans mon immeuble bourgeois et les personnes agées ouvraient delicatement leur volets alors que je pianotais encore sur le clavier
Deux ou trois cachets de plus et je pourrais sans doute sombrer..
Je ne sens meme plus le gout de la vodka au fond du verre en cristal. Une bouteille en deux soirs , jolie prestation. Deux antidouleurs en guise de diner, histoire de varier les gouts , une enieme cigarette que je fume machinalement.
Je m'abrutis de films romantiques plus imbéciles les uns que les autres, laisse mon repondeur prendre les appels et je les efface sans meme les ecouter.
La pharmacienne m'a laché cinq ou six boites de pilules differentes sans meme sourciller , je me suis dit que je lui avait sans doute payé sa piscine apres ces années de fidélité.
J. dormais a coté , je regardais des vidéos stupides ,le casque vissé sur les oreilles. Je comprenais un peu mieux mon mal apres avoir regardé des reportages et fais des recherches. Le mot qui etait ressorti de toutes ces recherches semblait assez dramatique : Bipolaire.
Je pouvais enfin mettre un mot sur le mal qui me rongeait depuis des années et qu'aucun docteurs ou cocktail de medicaments n avaient pu eradiquer.
Cela me faisait un point commun avec Britney et cela me faisait sourire.
Je regardais mes ongles et me cheveux pousser, assez fasciné par la machine humaine qui renouvellait sans cesse des choses qui ne servaient pas vraiment, alors que ma cervelle etait une bouillie informe d'émotions sans coherence.
Je me demandais aussi si un jour quelqu'un pourrait m'aimer. Je crois que ca ne m etait jamais arrivé, enfin jamais vraiment. Tout ceux qui avaient partagé ma vie un moment ,bref ou plus prolongé, l'avaient fait pour eux , pour leurs propres besoins , leur ego , jamais pour moi.
J'avais été souvent un corps quand j etais encore jeune et lisse , puis un booster de carriere, un defouloir pour certains, une transition pour d'autres.
Si je ne me connais pas vraiment , comment le pourraient ils?
La bouteille etait bientot vide et je devrais alors me coucher. J'avais peur de la nuit comme les enfants , sans savoir vraiment pourquoi.
Quand j etais dans mon palace la semaine derniere ,je dormais comme un bébé , la vie semblait tellement simple dans cette suite. Un bouton a presser et un butler venait assouvir tout mes caprices de jour comme de nuit. J'ouvrais rarement les epais rideaux et respirait l'air asptisé de la climatisation.
Et tout cela me semblait normal. Mon coté Paris Hilton sans doute
Pourtant je n avais pas été elevé comme ca, j etais loin de l enfant gaté, j avais eu une education stricte et des valeurs a suivre. Et pourtant je ne trouvais mes reperes que dans la boheme ou le luxe outrancier.
J'etais la personne aux milles facettes , on ne savait jamais comment j allais me comporter d'un jour a l'autre...
J'avais des envies , des reves , des espoirs mais la plupart du temps , ils se dissolvaient dans un verre de vodka
J'esperais voir un nouveau medecin bientot et peut etre que celui la trouvera le bon mix pour que je me sente moins decalé...
Maybe tomorrow....
J'essaye de compenser avec ce que je trouve, les quelques gelules que je retrouve au fond d'un sac Vuitton ou dans un tiroir de commode.
Evidement le medecin est en vacances et je commence a perdre la raison. Les up & down se font de plus en plus violent, je passe de l etat de rire hysterique a l'apathie la plus complete.
Je merde au boulot , je dors par episode et j essaie de ne pas faire une overdose avec les cachets que je gobe au hasard.
Le manque m'empeche de vivre, comme les medocs m empechent de vivre. En fait je ne me rappelle pas vraiment quand j ai vraiment vecu. C etait sans doute avec Mister Big.
Meme si c etait douloureux, violent, au moins ca existait. Je sentais mon corps, je sentais mon coeur.
Ce que je sens aujourd'hui? Le manque , le gout de café sur ma langue, cet ecoeurement perpetuel.
J 'esperee que la pharmacienne sera clemente...
J'avais trouvé un fond de vodka que j'avais planqué au fond d'un placard comme un bon vrai alcoolo et j etais soulagé car au point ou j en etais j etais a deux doigts de boire ma bouteille de Chanel.
J'aurais du etre content car j etais enfin le boss. The Queen of fucking everything.
On m'obeissais , me reverrais , bref heaven on earth.
But not really
Je me retrouvais seul dans le salon avec cet enorme casque fuschia sur les oreilles pendant que J. , epuisé par sa saison , dormais du sommeil du juste. Je regardais Shelter et je versais quelques larmes sur ce merveilleux film a la bande son enivrante.
J'avais ressenti de la fierté dans mes veines aujourd'hui et j aurais du etre heureux.
Mais c'etait loin d'etre le cas.
Je glissais de nouveau. Comme en 2008. Conneries sur conneries, incapable de me freiner dans mes addictions diverses.
Tout s'ecroulait autour de moi , comme si l'exterieur refletait ce que je ressentais a l interieur.
Plus de gout a rien a part la defonce. Ma seule etait celle de me noyer dans la bouteille , le plus rapidement possible
Je ne voulais pas que le temps passe, qu'il exerce son implacable besogne , me retirant les gens que j aime, mes forces vitales et mon envie de vivre qui s'etiolait jour apres jour dans le reflet du miroir.
Je n'avais pas repensé a ca depuis que J. m'avait empeché de me defenestrer il y a trois ans. Mais ces derniers temps la petite voix sournoise qui me soufflait que ca pourrait s'arranger a l aide d'une petite dose supplementaire de cachet recommencait son travail de sape.
Alors je tentais d'etouffer cette voix avec du son en permanence, ne pas subir le silence pour ne pas me laisser seduire par elle. Musique , télé, soirées dans des bars, tout etait bon pour ne pas ceder a la tentation.
Je m'accrochais aux quelques etincelles de vie qui me restaient mais les sourires etaient forcés et j avais de plus en plus de difficulté a ne pas laisser s'eteindre le feu.
J'aurais aimé avoir la religion pour m'y raccrocher comme a une bouée de secours mais ca ne marchais pas non plus. Envie de rien. Envie de plus rien.
Juste de ne plus souffrir. De ne plus etre assailli de ces moments de desespoir, de cette tristesse qui me collait la peau comme une fine pellicule de gras.
Je ne ferais pas le grand saut ce matin. Je le savais parfaitement.
Mais j avais juste envie de me sentir bien. Ne serait ce que quelques heures...
Je retombais dans mes travers et je me demandais pourquoi je m'infligeais tout ca...
Je ne depassais pas les 500 calories par jour , tenant a grand coup de café, mes mains tremblaient et mon crane etait au bord de l'implosion.
Tout ca pour quoi?
Je ne savais meme plus a quoi cela rimait. C'etait juste une habitude que je repetais comme une partition. Je me battais contre moi meme, je le savais parfaitement.
Mais j aimais voir dans les yeux des autres ce melange d'envie et de mepris devant mes membres qui se decharnaient au fur et a mesure des jours. Ils me complimentaient sur ma taille 34 tout en se mordant les joues de jalousie.
Mais que gagnais je a la fin? Des problemes de santé en plus? Les battements de mon coeur de plus en plus affolés par l'afflux de cafeine et le manque de proteines, mes dents qui me faisaient souffrir le martyr et que j anesthesiais a grand renfort d'anti douleurs, la vue trouble et l'envie de vomir en permanence, les jambes en coton et les bleus sur mes bras a force de me cogner contre les murs en perdant l equilibre...
Je savais que ca devait raccourcir ma vie mais je rallumais une Marlboro en prime. Je sombrais doucement mais je croulais sous les responsabilités. Mon nouveau poste de directeur, mes productions a orchestrer et les amis a epauler. Je m'oubliais dans ce tourbillon permanent, m'abrutissant d'images et de musique, histoire de ne pas me retrouver face a moi meme
Et quand ca arrivait , on me disais que je ne devais pas me plaindre et qu il y avait plus malheureux que moi.
C'est sur on peux toujours trouver pire, ne serait ce qu a cent metres de chez soi. Mais ca n etais pas une consolation en tout cas.
Ma vie avait repris le cours habituel, de berlines aux glaces teintées aux studio photo surchauffé où mes retines s'usaient sous les avalanches de flashs, des vetements de grands couturiers qui jonchaient sur le parquet de mon si joli petit appartement, des cendriers degeulant de megots aux cadavres d'Absolut, de la terrasse interieure de l'Hotel Costes a 1h du matin a engloutir des cosmos avec des americaines en goguette aux lumieres blafardes des neons des couloirs de metro.
Les jours se succedaient et je n'avais pas vraiment de prise sur la realité. Je recommencais toujours les memes erreurs , jurant pourtant qu'on ne m'y reprendrait plus et le lendemain , j oubliais mes voeux pieux.
J'avais passé trois jours enfermé dans un hotel particulier a l'abandon , emmitouflé dans la petite merveille de cashmere qu'on m'avait fait livrer de Londres par Fedex, cadeau d'une amir pour service rendu.
Mon nouvel assistant avait dix ans de moins que moi et j'avais du mal a comprendre ce qu'il ressentait en me regardant. Un melange d'admiration , de deference , de crainte et d envie.
Il s'accrochait tant que possible, essayant de suivre mon rythme, bien que je ne fonctionnais que de facon aléatoire selon les produits dans mon sang au moment T. Je soufflais le chaud et le froid en permanence , pas de facon sadique et encore moins consciente, mais c etait mon mode de fonctionnement.
Il me parlait de la vie devant lui et du champ des possibles et moi je gloussais sur mes années de jeunesse et mes souvenirs de guerre.
Il m'avait dit dans un souffle entre admiration et peur " On dirait que tu as deja vecu cent vies..."
Et il n'avait pas tort.
Je voyais dans ses grands yeux bleu glacier au contour lisse que j'etais une enigme pour lui. Pour moi aussi by the way.
Je veillissais mais ne grandissait pas , coincé dans cet etat post adolescent , fait de reves d'une vie meilleure, mais meilleure que quoi?
Back to the bottle , big time...
Je n arrive pas a decrocher de nouveau, je me pensais plus fort que la boisson mais j avais tort
Je suis cerné par des gens qui boivent, de l alcool a gogo et gratos, et cela me fait me sentir plus leger, les complexes et les genes divers disparaissent au fond de mon verre.
Mais tout cela me rend malheureux, enfin un peu plus que d habitude.
J ai de nouveau redeconné avec mon traitement, mes parents ne m adressent plus la parole depuis une semaine , je pleure pour un rien et je me sens vieux.
Que des sentiments que je connais depuis longtemps. Nothing new here.
Mes projets avancent pourtant et je caresse de temps en temps la liasse de billets qui trone sur la cheminée en marbre. Mon placard deborde de vetements de createurs et je n ai pas assez de temps pour porter tout ce qu on m offre.
Mais je donnerais le tout pour un peu d amour , un regard, un diner dans un restaurant un peu desuet...
Les seuls souvenirs que je suis en train de creer sont des beuveries, des seances photos et des larmes au coin des yeux.
Mister Big m'avait retrouvé sur facebook et cela m avait donné une fois de plus envie de pleurer. Je suis resté a peu pres une heure a hesiter de cliquer sur le bouton "accepter"
Et je pense que je l aurais fait si J. n etais pas rentré a ce moment la.
C'est sans doute mieux, je n ai pas besoin qu une personne aussi toxique revienne dans ma vie
Je devais juste avancer et tenir.
Et peut etre dormir un jour ou l autre
Trois heures de sommeil c'etait deja un vrai luxe. Malgré la quantité astronomique de Xanax et autres capsules colorées, rien n y avait fait...
J'ecoutais de la deep house un peu poussive pendant que les garcons dormaient dans ma chambre. Je fumais sans discontinuer et regardais les gens vivre a travers leurs blogs, sachant pertinement qu'ils travestissaient la verité en retouchant une imperfection par ci, modifiant une chromie par la, le tout pour persuader les lecteurs que leurs vies etaient un concentré de glamour a faire palir Bianca Jagger au Palace.
Je n etais pas dupe car je connaissais deja ces endroits, ces soirées si privées où l'on s'ennuyait sec sans une subtance illicite dans le net ou 2,5 grammes d'alcoolemie dans le sang.
Je me reservais pour la semaine prochaine pour parader tel une perruche dans les couloirs du carrousel du Louvre ou sur le parvis du grand Palais. Je restais focus sur ma carriere, placant mes pions avec habilité , couvrant d un ecran de fumée ce qu etait mon plan a plus grande echelle.
Chacun d'entre eux servait ma cause , sans meme sans rendre compte et parfois je laissais echapper un sourire narquois de mon visage d'habitude si fermé.
Ma journée de purge m'avait bien aidé a reperdre le kilos qui me derangeait sur la balance et le creusé plus accentué de mes joues allait mieux avec mes tenues. Meme mes doigts etaient plus fin et je pouvais faire tinter mes bagues en secouant legerement les mains . Et j amais ca.
Mon medecin de famille m avait mis en garde mais j avais fait semblant de l ecouter pensant plutot a la silhouette que cela me ferait au finish.
Demain , enfin tout a l'heure, j avais une grosse journée et je devais me montrer a mon maximum , bravant le froid et la pluie , le tout en restant naturellement glamour. Trois bonnes heures devraient etre necessaires.
Au finish les insomnies ont du bon...
J'ai ramassé les restes de la soirée qui trainaient sur la table basse seventies et je restais un instant a regarder les taches sur la grande plaque de verre fumé. Des marques de verres, des gouttes de vodka qui avaient echapppé a notre orgie alcoolique, des megots ecrasés qui avaient sauté en dehors des nombreux cendriers en cristal, quelques miettes des toasts trop grillés.
L'appartement etait enfin calme et j ecoutais Randy Crawford avec mon nouveau casque WESC. J'avais laissé ma chambre a J. et T. , souhaitant creer l'illusion que j etais seul dans l'appartement. J'avais tiré les rideaux moirés et je jouais nonchalement avec mon nouveau bracelet d amethyste en grillant cigarettes sur cigarettes.
L'alcool etait notre lien et l'epicerie a coté de mon si joli petit appartement etait devenu notre passage obligé avant chaque debut de soirée. Chacun son accompagnement ; pour T. deux canettes de Monster, pour J. une bouteille de Seven Up et pour moi une bouteille d'Oasis Tropical. Chaque jour la meme chose.
Les bougies mouraient peu a peu dans le chandelier et je regardais mes cheveux blancs reprendre le dessus sur ma teinture noire.Demain je leur ferais un sort et il n y paraitra plus. Mes extensions reprendront leurs places legitimes et je serais de nouveau une caricature de moi meme.
Je remettrais mes lourds bijoux d argent et mes vetements trop chers, je chipoterais une salade Caesar au Bar Lotti ou au café Ruc, et comblerais le desespoir de mon estomac avec un venti soya latte.
Je dirais ce que les gens veulent entendre, je les ferais rire pour compenser mon deficit de seduction et je poserais avec une moue boudeuse devant les street hunters avide de mes nouveaux looks.
Et le soir je rentrerais seul , quitterais tout mes apparats pour me lover dans mon vieux pull en cashmere usé par les heures a me blottir dans le canapé, un legging sur mes jambes martyrisés par des pantalons improbables et des Compeed sur mes talons brulés par des chaussures fabuleuses mais faites pour une seance photo, pas pour enchainer dix defilés et six presentations dans la meme journée.
Une nouvelle semaine classique dans mon monde surrealiste