J'écoute : Madonna "Devil wouldn't recognize you" Je mange : light Je bois : du whisky-coca as usual.... Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton Je pense : a la personne que je devrais etre Je rêve : a la personne que je devrais devenir (mis à jour dimanche 20 avril 2008 à 19:16)
Des bleus sur les cuisses et un gout acide dans la bouche ,c'est presque tout ce qu'il me reste de mon quasi coma ethylique.
Je me rappelle tomber sur le parquet du grand appartement de J. , le suppliant de m'aider a mourir , vomissant l'alcool qui m'empoisonnait le corps. Mes larmes de douleur et les siennes d'impuissance.
Aujourd'hui j'entame mon troisieme jour sans alcool et j'essaye de me debarrasser de mon obsession. Je veux enfin affronter les choses et ne plus me detruire en permanence. Ce qui devait anesthesier ma peine et affadir mes angoisses n'a été qu'un moyen de substitution, remplacer une souffrance par une autre. Et je veux que ca cesse.
Je m'appelle Nikky et je suis alcoolique
Quand j'etais dans la boutique Chanel cet apres midi , mon esprit s'est dissocié de mon corps et je me suis vu.
Au milieu des vendeuses acariatres, je deambulais avec J. a la recherche d'un cadeau pour ma mere. Je me trouvais grotesque avec mon baggy Lagerfeld et ma chemise Cavalli trop ouverte sur mon torse amoché. Et la carte bleue flambait a la vitesse où je voulais oublier ma souffrance. Je ne me suis pas trouvé tres desirable avec mon air suffisant , mes cernes mal camouflées par le maquillage et le petit bidon que je tentais de dissimuler sous ma chemise.
Les salons feutrés de la rue Cambon ne sont pas des soutiens psychologiques fiables. Il sont juste la pour nous faire oublier la realité , la laideur de la vraie vie. Ce coté cru et sans pudeur que les gens affichent te jetant leur bonheur au visage en s'embrassant goulument a l'angle d'une rue.
Et je me retrouve avec ma ceinture a cinq cent euros boudinée sur ma taille et je me dis que ca n'a rien changé , ca a juste occupé quelques minutes de ma vie. Le verre se vide regulierement , sans brusqueries, je serais peut etre soulage cette nuit . Qui sait?
Plus de trois heures du mat et je tangue sur ma chaise du XVIIIeme. je devrais domir depuis longtemps mais apparement l'Absolut et les somniferes ne font pas bon melange.
Demain je vais devoir doubler la dose de "Touche Eclat" pour esperer ressembler a quelque chose de potable. Et je ferai semblant d'avoir eu une insomnie. Comme d'habitude.
Fashion tv continue de deverser son flot ininterrompu de mannequins anorexiques et cocainés et j'ai envie de pleurer. J'ecoute Khoiba en boucle sur youtube car je ne le trouve nulle part ailleurs. A croire que cet imbecile de Mika avec ses chansons niaises et pathetiques a truster la musique online.
J'ai envie d'autre chose mais je sais que je ne peux que compter sur moi. And I keep on cryin....
Au fait j'emmerde ceux qui le veulent bien.
By the way A. , je sais que tu es la tapie dans l'ombre et sache que je me demande tous les jours quand j'aurais la force de tout plaquer et de venir te rejoindre a NYC....
Enfin de retour dans mon si joli petit appartement , j'ai les yeux qui se ferment automatiquement. L'odeur de cire me prend a la gorge et les vetements pliés sur le lit me rappellent que la bonne passait aujourd'hui.
Le week end chez mes parents n'a pas été facile , comme d'habitude. Je me suis caché dans les toilettes pour gober des calmants et me suis relevé la nuit , une fois que leurs somniferes agissaient pour aller boire des verres en douce dans la cuisine de leur maison de banlieue. J'etais la, dans la penombre , les pieds frigorifiés par le carrelage blanc du sol. Je descendais le verre goulumeent , de peur de me faire surprendre.
Je repensais a mon pere qui me disait lui aussi que j'avais grossi , ma mere qui voyait mes traits fatigués malgré la tonne d'anti-cernes que j'avais appliqué sous mes yeux pour cacher la misere. Leur pudeur ou leur gene , je ne saurais jamais , quand il s'agissait d'aborder la vie privée , se demandant pourquoi a 28 ans je ne leur parlais jamais d'un petit ami ou meme d'un flirt.
Et la je me suis dit qu'en fait mon coeur etait mort. Que tout ces garcons que je regardais , sans vouloir vraiment qu'il ne m'approche, que tout ces hommes n'etaient que des accessoires de mode a la durée de vie ephemere comme ces vetements de couturiers que j'entaissais compulsivement dans mon dressing.
Et ce soir en panne de whisky , je me rabat sur la bouteille d'Absolut qui prenais le givre dans le freezer , je n'aime meme pas le gout. J'ai l'impression de boire un mauvais parfum Calvin Klein mais j'ai besoin de cette ivresse.
Mon amie S. , jolie femme de 35 ans , mariée et deux enfants tres beaux , un bel appartement chez les bobos du IXeme et une tunique Pucci sur le dos , me confiait son malaise , sa difficulté a affronter la vie de tout les jours.
Moi je ne disais rien , je l'ecoutais , essayant de compatir mais sans grande conviction.
Elle cessa son discours pour se rallumer une Marlboro Light et rejeta sa meche finement balayée par son coloriste et planta son regard en moi. Elle me scanna et me dit brutalement : " Toi c'est different , on n'arrive pas a voir la cause de tes souffrances..."
Je restais comme un imbecile , incapable de trouver quelque chose d'intelligent a dire , juste un vague sourire et un refuge dans mon paquet de cigarettes. Elle vit mon malaise et enchaina sur la mauvaise qualité des dernieres chaussures Sergio Rossi.
Quand J a pleuré cette nuit j'ai été perturbé. Depuis que je le connais c'est la deuxieme fois qu'il pleure. La premiere c'etait quand son boyfriend l'avait cogné si fort qu'il en avait presque perdu connaissance et avait du fuir son appartement. Et cette nuit où j'etais encore venu chercher refuge chez lui, ses larmes avaient interrompu mon sommeil. Il n'arrivait pas a me parler et avait juste pris ma main dans la sienne et l'avait serré si fort.Il souffrait de ne pas pouvoir m'aider et de me voir pretendre que tout allait bien alors qu'il me voyait decliner chaque jour un peu plus.
Et c'est dans ces moments la qu'on se dit que quelque part , on est aimé...
Sur les murs de mon salon , j'ai enfin pris le temps d'accrocher les nouveaux cadres remplis de photos de famille. J'ai l'impression qu'elles etaient vendues avec le cadre tellement ca sonne faux.
Des clichés en noir et blanc , au grain leché , où nous incarnions la famille petite bourgeoise ideale ,avec un appartement a credit et le futur devant nous. Je pense que nous etions vraiment heureux a cette epoque ; je ne m'en rappelle pas, j'etais trop jeune.
Les miroirs brillent trop et tout est comme aseptisé , passage manifeste de la bonne pendant que je travaillais. Seuls le cendrier de cristal qui deborde et la bouteille de coca light eventée sont la preuve que je ne me trouve pas dans une page d'AD. J'ai tout un peu trop bien agencé ; c'est trop polissé , trop joli.
Je me construis jour apres jour ce joli petit monde irréel, m'eloignant un peu plus de moi a chaque fois. Mes envies de spritualité font leur come back a ce moment precis , comme si je me lassais de ma material world.
Pourtant j'en ai revé pendant si longtemps de cette vie , enfermé dans la petite chambre de mon appartement de banlieue , où je ne voyais la vie qu'a travers les rideaux occultants que ma mere avait posé. Moi qui n'avait pas d'amis, enfin pas la permission d'en avoir, je me revais entouré , l'agenda bourré a craquer de rendez vous et de soirées mondaines, vivant dans un grand appartement a Paris à la deco irréprochable.
C'est le cas aujourd'hui et ca semblait beaucoup plus glamour dans mes reves d'adolescent un peu trop fort , a la peau ravagée par l'acné et au mono-sourcil.
Je ne pensais pas au revers de la medaille , que ma vie ed cliché serait accompagnée de cachets divers et variés , de moments d'angoisse sans bornes et de crises de larmes au milieu de la nuit. C'est comme ca qu'on grandit sans doute, quand on se rend compte que les reves ne sont sans doute pas fait pour etre concretisés.
Seules les lumieres de bougies eclairent avec peine le salon et je descends mon dixieme verre depuis que je suis rentré , sans arriver a trouver la moindre ivresse.
Je ne supporte quasiment plus de rester seul dans mon si joli petit appartement, j'ai du m'habituer a vivre dans celui de J. avec son cortege de rires et de bains brulants.
J. s'est trouvé un nouveau mec, encore un CDD comme je les appelle, et du coup je me retrouve sur la touche.
J'ai du mal a renoncer a toute forme d'amour meme si j'essaie d'en convaincre tout le monde. Ca reste dur pour moi de voir ces gens se seduire , se sourire et s'embrasser sous mes yeux.
J'essaie pourtant de changer mais c'est en profondeur que doivent se faire les choses. Comment quelqu'un pourrait m'aimer quand je n'y arrive pas moi meme? C. est la seule a avoir l'honneté de me dire que je fais peur aux gens a force de m'enfermer dans ma petite bulle, la cigarette a la main gauche et un verre dans la droite. Ces systemes de defense que j'ai mis en place depuis quasiment dix ans sont tres durs a oublier , comme des reflexes , des automatismes.
Hier entre deux comatages sponsorisés par Lexomil , j'ai fait la betise de rouvrir les dossiers photos de mon ordi. et j'y ai contemplé la fuite du temps.
Je me suis arreté une bonne heure sur cette image de Mr Big m'embrassant. Je ne sais meme plus si j'ai pleuré. Je me suis juste rappellé le moment exact de cette photo. Lorsque nous etions dans ce bar du Marais, où il se moquait du regard des autres lorsqu'il me devorait la levre superieure avec gourmandise. Je sens encore le gout du champagne sur sa langue et sa main brulante qui tenait mon menton.
Puis j'ai vu en diaporama l'evolution de mon physique , rythmé par les crises de boulimies , les crises d'anorexie , la boisson , la defonce. Je suis si loin de celui qui j'ai été , meme si je ne sais pas si je le regrette.
Enfin de retour dans mon si joli petit appartement, l'odeur de peinture commence a peine se dissiper. J'ai reussi a trouver la force de refuser une enieme sortie dans les bars et les clubs, mais je regrette un peu. Il fallait pourtant couper le cordon a un moment. A quoi cela servirait il sinon que je me detache de mes parents pour me relancer dans des situations où je suis plein d'exigences affectives.
Alors , je me retrouve devant l'ordinateur avec mes preoccupations de grande bourgeoise et ca me fait sourire.
Je sais que je serais reveillé demain par la bonne qui sera une fois de plus horrifiée de me voir en petite tenue, le cheveu hirsute et les yeux boursouflés. Le coach voudra une fois de plus savoir quand planifier le debut de nos seances , je repousse sans cesse , retenu en permanence par des diners et surtout des cuites qui me laissent sur le carreau. Mes clients me redemanderont encore des dates et mon booker ne cessera de me laisser des messages.
Je fumerais encore deux paquets de cigarette , trois litre de coca light , du Prozac et quelques calmants et je finirais sans doute la soirée avec J. a me souler.
Et ma quete de spiritualité dans tout ca? Toutes ces choses materielles et vaines qui composent ma vie ne me semblaient pas si essentielles a l'epoque où je devais me battre pour avoir cinq euros et pouvoir m'acheter un paquet de pates, le temps où mes amis se cotisaient pour m'inviter a diner , ce temps où je ne sortais pas par honte de mes vetements passés de mode ou de mon impossibilité a payer le bus de nuit. Ce temps où j'ai du bosser a un standard pour rembourser mes dettes et où je n'arrivais pas dormir , harcelé par l'idée que je ne trouverais peut etre pas de l'argent le lendemain.
Ca a changé et je sais que c'est temporaire. C'est la regle du jeu.
Mais je ne me plains pas , je gate mes amis et ma famille , j'occupe mon temps a consommer. Une espece de boulimie pour que la fete ne s'arrete jamais et que je ne me retrouve pas face a moi meme , face a l'ecran une fois de plus.
Une nouvelle fois dans l'appartement de J. a nier un peu plus mon existence. En fait non. Enfin je ne sais plus trop.
Je suis en pleine rebellion , faisant ma crise d adolescence avec dix ans de retard. Pleins d'alcool , nous sommes allés nous faire piercer , titubant presque dans les rues , gloussant comme des pintades.
Dans la salle a la propreté chirurgicale , le pierceur , un espece de colosse gavé de muscles recouverts de tatouages et aux multiples anneaux d'argent dissemines sur le corps , me demande s'i j'ai bu , pris de la drogue ou des medicaments. Je lui offre un "non" innocent avec un demi sourire. Mes pupilles font la taille d'une tete d'epingle et les chewing gum a la cerise masque a peine l'odeur d'alcool.
Il souleve son sourcil plusieurs fois piercé et lache un petit rire. Il fera semblant de me croire et m'introduit l'aiguille de metal dans le corps. Je ressent un petit pincement , le corps semble ne pas apprecier l'intrusion de ce corps etranger mais je m'en fous , je decide.
Nous ressortons avec J. encore plus hilares et continuons notre vie de debauche.
On arrive peniblement a se rappeller ce que l'on a fait il ya deux jours et notre leitmotiv est "I dont give a fuck ". Je sais parfaitement que je vais devoir bientot revenir a la realite mais je n'en ai pas trop envie. J'arrive quand meme a bosser et a engranger de l'argent , mais cette fuite en avant ne pourra pas durer eternellement.
Je verrais bien quand je serais arrive au bout du chemin.
Enfin de retour dans mon si joli petit appartement apres quatre jours d' "exil". J'avais emigré chez J. pour des raisons de boulot et j'ai presque eu l'impression d'etre en vacances.
La solitude se faisait plus discrete et le manque de Prozac etait gerable. C'etait tellement bon de ne plus se retrouver face a un ecran plat comme seul compagnon.
Meme si nous avons vraiment travaillé comme des mules , les heures s'enchainaient comme dans les clips video, je me sentais presque desirable grace aux petites retouches sur mon visage par le talent de maquilleur de J.
Adieu cernes violacées et bonjour bonne mine... Nous faisions dressing commun et les courses etaient plus un pretexte pour glousser qu'un vrai ravitaillement. De taxis en bars , on ne cessait de rire , flambant la carte gold comme si la vie n'etait qu'une succession de bonnes choses.
Avec lui j'ai reussi a enfin me mettre nu devant quelqu'un sans etre ivre mort ou completement defoncé. Comprenant qu'il n'y aurait jamais de jugement et certainement pas de desir , j'ai decouvert ce sentiment de liberté assez nouveau.
J'ai juste eu plus de mal samedi quand j'ai du me confronter a la realité. Lorsque le mannequin est arrivé , je me suis retrouvé face a mes complexes et j'ai pris en pleine face mon manque d'assurance legendaire. Je cherchais un defaut dans son apparence , lui qui ne portait qu'un mini maillot de bain cachant moins de 15% de son corps. Et je n'arrivais pas en trouver.
Ses traits etaient d'une regularité rare , comme calculés par ordinateur , des yeux bleu glacier et des dents blanches parfaitement alignées. Je ne parle meme pas de son corps dont les courbes donnaient des suées a toute l'equipe.
Quand il nous a dit qu'en plus il faisait de brillantes etudes , je suis allé me refugier dans la cuisine de l'appartement. J'essayais de refouler les larmes mais je ne maintenais le barrage qu'au moyen d'efforts intenses.
Puis j'ai craqué , j'ai ouvert la petit placard bas de la cuisine et j'en ai extrait la bouteille de whisky qui semblait m'attendre la sagement. J'en suis servi un large verre et j'ai coupé avec du coca glacé. J'ai descendu le verre goulument , essayant de ne plus penser a tout ca.
J. est entré a ce moment la et n'a pas osé me demander pourquoi je buvais en cachette a quatre heure de l'apres midi. Il a juste passé ses mains autour de mes epaules et m'a dit qu'il etait la si j'avais besoin de parler.
Je n'avais besoin que de ca. Nous sommes restés un petit moment comme ca sans rien dire ,ma main agrippée au verre de cristal.
Une fois que C. le mannequin surhumain , inhumain, etait enfin retourné a son monde ideal , j'ai pu reprendre un peu le cours de ma vie et nous avons continué le tourbillon de la fete , enchainant les verres et grignotant du jambon de parme , riant aux eclats sur les ragots qu'on deversait et dansant sur de la mauvaise musique.