J'écoute : Madonna "Devil wouldn't recognize you" Je mange : light Je bois : du whisky-coca as usual.... Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton Je pense : a la personne que je devrais etre Je rêve : a la personne que je devrais devenir (mis à jour dimanche 20 avril 2008 à 19:16)
La journée etait propice aux retours sur le passé.
D'un coté , j'attendais que pouvoir traverser , je fumais une enieme cigarette , jouant avec mon nouveau piercing , Jeff Buckley deversant sa douleur dans mes oreilles. La pluie avait cessé et le bas de mon jean etait lourd.
En tournant la tete , je le vois. Celui que j'ai consideré pendant des années comme mon meilleur ami , mon confident , le grand frere que je n'avais pas eu.
Il n'avait pas tellement changé , il avait perdu pas mal de cheveux , mais il restait le meme que j'avais connu il y a une dizaine d'année. Il a fait semblant ne pas me voir , se concentrant sur sa cigarette qu'il ne semblait pas arriver a allumer. Je suis resté interdit un moment , me demandant si je devais aller le voir , lui parler , peut etre essayer de rattraper le temps perdu.
Je n'ai rien fait. J'ai traversé la rue et ai poursuivi mon chemin sans meme lever un sourcil.
De retour a la maison , Mr big me contacte et me parle sur msn. Il me sors la soupe habituelle , qu'il a changé , que sa cure de desintox a marché a merveille et que j'ai toujours ete quelqu un de special dans son coeur.
Moi, je suis resté impassible , evitant les pieges que je connaissais par coeur pour y etre tombé mille fois dedans. Je suis resté courtois , voire meme amical . Et je l'ai laissé la pour aller me coucher.
Et puis je me suis mis a pleurer , pas de tristesse mais de regrets. De voir ce que j'avais perdu et de me dire que la vie avancait et qu'on effacait petit a petit des gens de notre memoire, histoire de faire de la place a d'autres....
Ma premiere gay pride , j'y suis allé quand j'avais 16 ans. Ma famille catholique et reactionnaire voyait d'un tres mauvais oeil la tournure que je semblais prendre , ne m'interessant pas du tout au filles ni au foot et preferant passer mon temps a dessiner et a rever a une vie de liberté.
J'habitais une petite ville dortoir de banlieue, j'allais dans une ecole catholique tres tradionnaliste et je ne comprenais pas pourquoi je preferais regarder les garcons qui suaient a grosses gouttes pendant le cours de sport , plutot que regarder les decolletés de la nuée de filles qui m'entourait.
Je pensais etre seul , je me demandais pourquoi je ne me sentais pas comme les autres et pourquoi le Seigneur m'imposait cette epreuve. Je pensais que je ne pourrais comprendre et encore moins vivre ce sentiment sourd en moi. Un jour , ma tante decide de me sortir de la celulle familiale où les choses se degradaient jour apres jour histoire de m'offrir un bol d'air frais.
Elle avait bien calculé son coup , ma chere tante revolutionnaire dans l'ame et anti conformiste. Par le plus grand des hasards nous nous sommes retrouvés a la terrasse d'un café place de la Bastille. A cote de nous que des garcons qui se tenaient la main , des filles aux seins piercés et des drag queens par centaines. La musique etait tellement forte que mes oreilles bourdonnaient. Ca sentait la joie de vivre , les rires et la revendication. Je ne savais pas trop ce que je devais penser de tout ca. Carnaval? Decadence? Je ne trouvais pas de reponses mais j avais un grand sourire aux levres.
Et ces gens qui etaient etalés sur les couverture de magazine , a grand renfort de maquillage outranciers et de costumes putassiers , je ne savais pas quoi en penser.
J'ai eu la chance de rencontrer des gens tres divers alors. Moi si timide , je me surprenais a sourire et meme a tenter de placer un bon mot. Des lesbiennes camionneuses a cheveux courts et debardeur blanc, des transexuelles en talon aiguille et mini jupe facon rue Saint Denis , des "folles" hurlantes à l'humour decapant , des pédés bourgeois avec la chemisette bleue et le pull noué sur les epaules qui etaint profs pour la plupart , des Gym queen hypra musclés qui offraient leur virilité exacerbés aux yeux gourmands des passants.
Et de mes discussions avec ces gens , d'ecouter leurs recits , de voir leurs differentes facon de vivre leur sexualité sans avoir a s'en cacher ou a se conformer a un moule a changer ma facon d'envisager les choses.
Je suis retourné a mon pavillion de banlieue, le coeur un peu plus leger. Avec la certitude que quelque soit la facon dont je choisirais de vivre ma vie , de facon heteronormée ou grande folle avec panache, je n'aurais jamais a me cacher ni a avoir honte de la personne que je serais.
Et cela m'a toujours aidé.
Je remercie les folles , les tapettes , les drag queens , les travesti amateur , les soeurs de la Perpetuelle Indulgence, les drag kings et autre personne qu'on stimagtise sur ce site depuis peu car elle font "mauvais genre".
Car ces personnes la m'ont donné ce que personne n'avait jamais fait avant : le sentiment que je valais quelque chose et que je ne devrais jamais personne me faire penser le contraire.
La tete contre la vitre du 4x4, j'amorcais une descente bien meritée.
Je repensais a ce diner dans un restaurant gastronomique du bord de mer , ou la moyenne d'age etait de 75 ans, et où nous avions choqué les retraités en riant trop fort, hurlant des insanités en anglais et en sniffant du poppers entre chaque plats. Les mannequins faisaient semblant de manger leur salade et tout le monde s'enivrait sans retenue.
Je repensais aussi a cette excursion quasi mystique dans la basilique de Lisieux , ou , encore sous l'effet du poppers peut etre , je trouvais un peu de serenité en adressant une priere devant les centaines de bougies , s'agitant mollement dans leurs gangues de plastique rouge. J'aurais aimé rester la une heure de plus , a ne rien dire , a ne rien faire , juste a essayer de retrouver la foi que j'ai etouffé depuis trop longtemps.
J'avais aussi aimé ce moment dans ce bar en fin de parcours. A l'origine un bar a pute de l'est payées au bouchon et qui avait été fermé par la police, et depuis quelques temps c'etait devenu le refuge de l'underground , loin des bar pseudos branchés qui passaient chez Ardisson et où l'on venait plus se montrer que de vraiment s'amuser ou de refaire le monde.
La salle etait quasiment plongée dans le noir , faiblement eclairée par des lanternes rouges pour ne pas oublier le passé de l'etablissement. Des jumeaux habillés facon Orange Mecanique nous ont acceuillis avec la plus grande des simplicités, et nous avons parlé avec un rentier et une fille un peu perdue genre Eddie Sedgwick. Je ne me rappelle plus trop ce que nous nous sommes racontés et apres tout , ca n'etait pas l'important.
Ma vie semblait plus intense , plus brutale et plus savoureuse. Je m'enivrais selon mon envie du moment , sans chercher l'approbation des autres. Les regles seraient les miennes desormais et plus celles laissées par l heritage familiale.
Et pour les hommes c'etait pareil , quand on me demandait la cause de mon celibat , j'haussais les epaules et offrais un sourire discret. Meme le mail de Mr Big m'annoncant qu'il serait a Paris lundi me laissais indifferent.
Life's a bitch, so I am.
Voila mon nouveau credo. Et cela devrait me faire du bien.
Je suis a la limite de l'hysterie , courant partout , faisant trois choses a la fois. Le manque de Prozac y est peut etre pour quelque chose. Je n'arrete pas de maigrir et ca me rend heureux , le tout sans faire d'effort particulier , juste en oubliant de manger. Pas le temps, pas envie , pas grave. J'attends avec impatience le moment ou je vais recommencer a voir les os de mes hanches depasser de mon jean et le creux se dessiner sous mes cotes a travers mon tshirt , comme a la grande epoque.
J'ai hate de retrouver mon 34-36 d'antan pour emmerder les autres. Mode " Connasse " enclenché.
Je me detache petit a petit de ce qui me raccroche aux autres , je leur laisse ainsi leur liberté ainsi que leurs problemes. On ne se verra que pour des moments de plaisir.
J'ai de nouveau envie d'ecrire , de reprendre ce satané roman que je ne cesse de laisser en plan, d'enfin me mettre a la musique , de m'exposer, de me liberer.
Mon corps s'est une nouvelle fois rebellé contre moi et a declanché un oedeme de Quincke que j'ai reussi a juguler a temps grace a mes precieux cachets de cortisone qui sont toujours sur moi.
Ma bouche n'a pas pas encore retrouvé sa taille normale , encore marquée par les deformations de la matinée. je suis defiguré et c'est le moindre de mes soucis , dans moins de trois jours il n'y paraitra plus.
J'ecoute en boucle cette vieille chanson deBjork "I play dead" , que j'avais decouvert en lisant une interview de Christy turlington au milieu des années 90 qui racontait que bjork avait changé sa vision du monde.
Et moi comme une connasse , j'avais foncé dans le centre commercial de ma banlieue glauque pour trouver le disque en import.
Et la premiere fois que j'ai approché le corps d un garcon c'etait sur cette musique. Elle me rappelle le gout de kir peche que j avais dans la bouche quand il y avait introduit son sexe de force et qu'il avait gardé ses mains sur ma tete pour que je ne me derobe.
Je me rappelle avoir vomi dans sa cabine de douche minable de son studio du quinzieme arrondissement , c'est peut etre pour ca que la rive gauche me donne de l'urticaire...
Aujourd'hui j'ai ete encore plus odieux que d'habitude. En seance pour un prestigieux magazine americain , j'ai flanqué dehors une mannequin qui avait l'audace de faire un 38 au lieu du 34 reglementaire. Et le tout avec le sourire cent pour cent fake.
La sono B&O crachait des mixes de Peaches et de Vive la Fete et ma nouvelle assistante avait la nausée face a l'avalanche de flashs. J'attaquais mon douzieme jour de travail consecutif et j'en etais satisfait. Ravi meme d'etre ne pas etre obligé de me confronter a la vraie vie avec son lot de contraintes et de seduction au rabais.
Et j'ai aimé passer la journée a deguiser cette fille anorexique avec des vetements de plusieurs milliers d'euros, a ecouter le photographe beugler des " DON T MOVE !!!! YOU RE GORGEOUS!!!!" toutes les quinze secondes.
J'ai poliment decliné la coupe de champagne de 17h et ai preferé rester dans mon monde de chimeres et de vie revée.
Je commence a comprendre pourquoi je ne pourrais jamais etre vraiment heureux avec un garcon.
J'envisage l'autre comme un objet transitoire , un joli sac Chanel que je pourrais remiser au placard quand il m'ennuie , que je pourrais exhiber devant les autres pour susciter la jalousie et qui comblerais quand j'en aurais besoin.
Mais une relation ca n'est pas ca. Loin de la.
De toute cette sexualité que je trouve sale et degradante , je n aime que les regards , celui qui me faire sentir unique , essentiel , superieur. Ca n'est certainement pas de l'echange, c'est du self service. et tout ces garcons a la plastique parfaite et au regard enjoleur que je croise au gré de mes seances photos , ils ne sont que des porte manteaux sans substance , objets de fantasme et de convoitise , mais je n'imagine jamais que quelque chose pourrait etre construite avec eux.
Finalement mes journées a rallonge et la disparition de ma vie sociale m'arrange plus que prevu. Pas besoin de jouer la seduction ou de fausser une gaieté qui m'a deserté depuis longtemps.
Je devrais plutot m'acheter un animal de compagnie, au moins il ne fera pas la grande scene du quatre...
C'est vrai que je vis en dehors des realités , alors que la France vibre aux resultats de la presidentielle , je reste dans mon si joli petit appartement a contempler les derniers achats que j'ai fais ce week end. Je passe pour un bourgeois ecervelé et ego-centré mais je m'en fous.
Je pense a ma tentative de suicide d'il y a deux semaines , au vide que je trouvais si attrayant de la hauteur du troisieme etage. Je suis content que J. m'ai empeché de commettre l'irreparable. Je n'aurais peut etre pas manqué a grand monde mais ceux qui m'ont soutenu m'ont assez surpris. Et je me suis decouvert de nouvelles connexions , des tresors d'humanité et de compassion , surtout aupres de ceux qui sont souvent taxés de superficiels, de modasses et autres pedales selon les criteres bien pensant de l'intelligentsia gay. Maxouu a su faire preuve envers moi de la plus grande intelligence, celle de savoir se taire quand il le fallait , ne pas me juger a l'emporte piece ni me donner des lecons de maintien. Juste d'etre la.
Alors je sais parfaitement que de nombreuses personnes leveront les yeux au ciel en me traitant de Paris Hilton de bas etage, que certains s'amusent a creer des fakes pour denoncer ma facon de penser et encore plus de ma facon de vivre.
Et je m'en tape.
Demain, je me glisserais comme tout les jours dans mon taxi anonyme, les lunettes de soleil visées sur le visage , mon sac de couturier a mes pieds et mon Ipod dans les oreilles. J'irais travailler avec des mannequins anorexiques aux proportions hors norme , gavé de flashs et de musique trop forte , cerné par les vetements hors de prix et je prendrais mon pied a creer quelque chose.
Je ne ferais pas l'unanimité , je continuerais a me faire descendre , a recevoir des coups de poignards, a essayer de surnager dans ce flot de merde , a eviter les tocards aigris sans personnalités.
Je sais qui je suis , je sais ce que je vaux et ce que je veux. Et que les autres aillent se faire foutre.