Welcome to the circus show , watching your lies
Le reveil s'est mis a hurler a quatre heures du matin et j ai eu du mal a croire que c'etait vrai. Le chauffeur arrivait dans a peine une heure et je devais passer a la vitesse superieure.
Un peu de Chanel , un peu de Lagerfeld et le tour etait joué . Les lunettes de soleil vissée sur les yeux et le sac Gucci a bout de bras, je me suis engouffré dans la grosse berline noire.
Direction l'aeroport , Pat Benatar dans l'Ipod , j'avais la tete renversée et je regardais le jour se lever a travers les verres fumés de la voiture. J'allais devoir surjouer toute la journée pour decrocher ce gros contrat entre la France et l'Italie et, vu les sommes en jeu , je ne devais pas me planter.
Au comptoir Air France , nous sommes passés allegrement devant la horde de familles en C&A qui nous regardait un peu medusés et fait un check-in rapide a la business class.
A peine arrivés a Rome, le telephone recommencait deja a sonner , notre chauffeur ayant peur de nous rater et de perdre son travail par la meme occasion. Une nouvelle ville, une nouvelle berline.
J'ai fait stopper la voiture au Vatican, j'avais envie d'etre face a la basilique St Pierre. Sur la grande place démesurée, des centaines de touristes attendaient pour entrer et je suis resté la, silencieux. Fumant lentement ma cigarette , essayant d'absorber chaque detail de l'endroit pour y trouver un peu de paix interieure. Je me sentais bien la bas, comme si mon envie de spiritualité prenait enfin un sens.
P. me rejoint et du interrompre mon moment de serenité pour me rappeller que nous etions attendus de l'autre coté de la ville pour des defilés de mode et des rendez vous a la chaine. Moi, au contraire , j'aurais voulu rester la , ne rien dire , juste comtempler ces colonnes a pertes de vues , et absorber toute cette ferveur religieuse et me retrouver un peu.
Quelques kilometres de bitumes vite avalés et me voila replo,gé dans le merveilleux microcosme de la mode italienne. Je pose pour quelques photos et reponds a une interview televisée , le sourire est rodé et le tout fonctionne sans accroc. Je joue avec le chapelet de nacre que j'ai acheté devant la Basilique et une conne a brushing me demande si c'est Dolce & Gabbanna.
Les defilés et les rendez vous se succedent , on lance des perches qui sont saisies immediatement , c'en est presque trop facile pour vraiment apprecier. Je sirote un verre avec une creatrice de haute couture, on gossip , on rigole. En fait on negocie apprement mais il faut au moins que ce soit dans les regles de l'art, de la comédie a l'etat pur. Son assistant vient l'interrompre , lui marmonne quelques mots en arabe que je ne saisis pas puis me tends un gros sac en carton estampillé Vuitton.
"This is a thank you package ..." me sussure la creatrice adipeuse.
En gros elle m'achete a credit.
Et j'accepte de me louer comme une pute. Je prends le sac et la serre dans mes bras facon hug a l'Americaine. C'est ecoeurant de faux semblants mais je jubile. J'ai gagné la partie.
Le chauffeur interromp notre accolade et me dit "Its time to go home now". Heureusement.