J'écoute : Madonna "Devil wouldn't recognize you" Je mange : light Je bois : du whisky-coca as usual.... Je cite : “I always say if I, you know, if I see something sagging, dragging or bagging, I’m going to go have it stuffed, tucked or plucked.” Dolly Parton Je pense : a la personne que je devrais etre Je rêve : a la personne que je devrais devenir (mis à jour dimanche 20 avril 2008 à 19:16)
Dans le salon de J. , la table basse etait couverte de bouteilles d'alcool , de magazines de mode souillés de sauce chinoise, de verres a pied en cristal a demi vide, des restes de junk food cotoyant des cendriers qui debordaient, des billets usagés et des pailles coupées etaient abandonnés sur des cartes de credit ; le fracas habituel. Ce soir la , je n avais aucune envie de socialiser ou de retomber sur un de mes exs et je gobais des cachets pour accentuer l'ivresse
Nageant entre deux montées , je parlais avec mon ami du bout du monde via webcam. Les lignes s'enchainaient sur un vieux Vogue Italy et je descendais les verres sans meme m'en rendre compte ou plutot sans meme m'en soucier. Un mince filet d'air passait par les fenetres entrouvertes et l'agitation de la rue voisine arrivait a peine a couvrir le tumulte des rythmes electro craché par les vieilles enceintes. Sur l'ecran plasma , un mauvais film porno gay tournait sans qu on n'y prete vraiment attention et mes deux amies lesbiennes faisaient des essayages avec la quantité improbable de vetements couture que j'avais rapatrié.
M. deambulais dans le salon en cuissarde Jil Sander et mini boxer tandis que A. en robe bustier Lagerfeld redessinait deux fines trace sur le verre fumé de la table basse. Moi je ne portais qu'un mini boxer noir et mes diamants , et je dansais devant la camera pour amuser mon ami du bout du monde.
Il riait de bon coeur devant nos pitreries de pré-ados et ca me rechauffait l'ame de voir enfin un sourire qui n'etait pas forcé. Il avait explosé de rire quand les filles se mirent a me chauffer devant la camera comme dans un soft du dimanche soir. J'avais enfilé un grand manteau Chanel de tweed violine et je dansais avec mes amies au bord de l'overdose.
A l'aube, les filles se sont effondrées dans les bras l'une de l'autre, a bout de defonce et fatiguées d'avoir tant ri. Je les regardais avec tendresse, le string mal ajusté et les hauts talons encore aux pieds, dormir comme deux petites filles sage.
Moi j'etais a la fenetre et je regardais les junkies d'en bas se battre pour un peu de crack, s'insultant en polonais et se crachant dessus en signe de mepris, trop en live pour meme tenter de un corps a corps. Moi je fumais lentement, accoudé a la balustrade, sirotant ma derniere gorgée d'alcool avant de tenter de sombrer quelques heures, et je me disais qu apres tout la vie n'etait pas si mal...
Pour la premiere fois depuis longtemps ma carte Gold ne passait pas, j'avais encore du trop claquer en tournées diverses et autres conneries de shopping. Je me sentais impuissant face a ce genre de situations, presque imbecile , comme un enfant surpris en train de voler des bonbons dans un magasin.
Heureusement je pouvais compter sur mes "amis" pour me fournir les substances dont j'avais besoin pour tenir le coup. G. me harcelait de messages pour revenir dans ma vie alors que je l avais vu avec son nouveau mec quelques jours auparavent dans le bar dans lequel on s etait rencontré.
J attendais toujours des news de mon futur travail a l etranger, mais rien ne semblait vouloir venir, je restais la comme un con , a tourner en rond , a ecouter la meme chanson idiote en boucle et utiliser les memes stratagemes pour masquer ma melancolie.
Les yeux boursouflés de fatigue, la gorge enflée et la plus grande peine du monde a deglutir , mon corps se vengeait de ces dernieres semaines d'exces. J'essayais de me lever mais cela me semblait une epreuve insurmontable. Le portable sonnait depuis un bon moment et je distinguais tant bien que mal le nom de mon bookeur sur l'ecran multicolore de mon telephone. Il laisserait un message angoissé comme d'habitude , s'inquietant non pas de mon bien etre mais plutot de la large commission qu'il touchait sur mes differents jobs.
Une fois dans le salon , une cigarette aux levres , je repensais a cette proposition qu'on m'avait fait hier apres midi. Au detour d'un coca light eventé, dans ce café du centre de Paris, frequenté essentiellement par des bobos en quete de reconnaissance, on m'avait fait la proposition que je n'osais plus attendre, celle qui me ferait sans doute sortir de ce schema destructeur dans lequel je m etais enfermé.
Un poste a hautes responsabilités, un joli bureau , du personnel sous mes ordres et surtout des possibilités d'evolution de carriere au dela de mes esperances. Et le tout a commencer le plus tot possible.
Seule ombre a ce tableau idyllique: je devais changer de pays. Et malheureusement , il ne s'agissait pas des Usa.
Cela ne me deplaisait pas, loin de la. Je ne supportais plus le train-train dans lequel je m'etais enfermé a Paris et je ne revais que de m'enfuir , sans un mot a personne.
J'avais juste peur d'affronter ma famille et de partir loin d'eux ; j'avais l'impression de les abandonner, voir de les tuer prematurement.
Mais au fond de moi, je savais deja que si le grand patron de cette firme me confirmait le poste je ferais mes valises au plus vite. Je ne supportais plus de stagner ici, avec les memes gens, les memes bars, les memes comportements destructeurs histoire d'occuper ma vie.
La bas, je ne recommencerais pas tout a zero , ma tete etait trop lourdes de ces nuits de larmes et de ces journées de descente. Simplement je tacherais de ne pas recommettre les memes erreurs encore et encore.
Je n'en n avais parlé qu'a J. qui avait simplement peur que je sois decu si le depart ne se faisait pas. Je lui repondit qu'avec les centaines de deceptions que j avais encaissé depuis le temps je n'etais plus a ca pres.
Moi qui etait si materialiste, je n'emporterais quasiment rien avec moi. Mes vetements bien evidement ,mais je ne voulais rien qui puisse me rattacher a mes souvenirs, enfin rien de tangible. Comme ces photos de D., le tshirt usé de mon grand amour, la bague de M., les objets de famille qui ont traversé deux siecles pour prendre la poussiere sur la cheminée du marbre du salon. Toutes ces garderont leur place dans l'appartement qui s'endormira gentillement en attendant mon retour.
J'avais peur mais j etais excité en meme temps. Me disant que j etais a la croisée des chemins et que peut etre enfin je trouverais le mien.
Enfin de retour dans mon si joli-petit-appartement, je me demandais ce qu'il me restait de ces cinq derniers jours.
Des souvenirs flous, des billets froissés, des tickets de carte gold par dizaine et encore plus de megots, des blackouts a en effrayer Amy Winehouse, des fou-rires qui resonnaient au fond de ma memoire, des baisers par dizaines a des filles , a des garcons.
Et aussi des promesses, des serments facon enfant de huit ans, de la defonce Place des Vosges, des series sans interet a cinq heures du matin, des messages sur le repondeur.
Un paquet de linge sale, des croutes sur les narines, la gorge seche et des litres de coca light. Un foulard sur les yeux pour ne pas voir la lumiere du jour a travers les fenetres du salon de l'appartement de J. , de la junk food sans discontinuer, des paquets de cigarettes eventrés et des bouteilles vides.
Et ce sentiment de vide si grand, si pesant. As usual.